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Le chanteur Roméo à coeur ouvert sur son inoubliable big bang, et sa reconquête de terres fertiles

Etre et avoir été, telle est la question ! C’est le pari pas vraiment fou du chanteur Roméo qui, après avoir cassé la baraque, a dû par la force des choses la mettre en veilleuse et rentrer dans le rang. S’il a connu une phénoménale ascension qui a duré environ trois ans au milieu des années 70, il a ensuite affronté les rigueurs de la traversée du désert au plan artistique s’entend, avant de remettre la gomme au début des années 2000. Roméo attend monts et merveilles de sa prestation du samedi 10 septembre à Charnay-lès-Mâcon, par le biais d’une complicité avec un public à l’attention constante et jamais faiblarde, ainsi qu’à à la réactivité sans faille. Interview pour info-chalon.

Le fait de chanter demeure-t-il un acte fondateur de votre identité ?

« Oui, bien sûr, je pense que c’est une drogue, la chanson, quand on a commencé à y toucher. C’est très difficile de s’en passer, et même si je l’ai laissée un peu de côté pendant quelques années, voire deux décennies suite à certains déboires, que ce soit dans la production ou pour une autre raison, je n’ai jamais véritablement cessé de chanter ou d’avoir envie de chanter. C’était plus un rejet du milieu, et ce n’est que lorsque je suis redescendu dans la région lyonnaise que j’ai fait des rencontres qui m’ont permis de remettre le pied à l’étrier. »

 

Quels souvenirs conservez-vous de votre âge d’or ?

« Plein de souvenirs ! Quand on a douze ans, on ne se rend pas forcément compte de ce qui se déroule autour de nous. J’étais à la fois envoûté et complètement surpris par ce qui m’arrivait, mais en même temps je considérais que c’était quelque chose d’un peu normal, c’est-à-dire que je vivais ça comme un gamin peut le vivre, en étant émerveillé, presque blasé. Ce qui est un peu dommage. Je n’ai réalisé que quelques années plus tard la chance que j’avais eue à ce moment-là. »

 

Comment avez-vous, si jeune, été repéré ?

« Ca a été assez étrange, par le jeu du hasard et des circonstances. Il se trouve que dans ma rue, où je vivais, où plus précisément vivait ma grand-mère, car mes parents avaient un hôtel, c’était un peu compliqué pour eux de s’occuper de moi, eh bien il y avait un chanteur local assez connu qui avait emménagé, Robert Grange. Il aurait mérité une plus grande audience, mais malheureusement comme beaucoup il est resté un peu dans l’ombre. Je revenais tous les jours de l’école en chantant, que ce soit des chansons de Luis Mariano, d’Enrico Macias, etc. et il avait essayé à plusieurs reprises de m’attraper au passage sans y parvenir. Puis un beau jour il m’a arrêté et m’a dit : »Ecoute, je t’entends chanter chaque jour, est-ce que ça te dirait de venir chanter avec moi ? J’ai composé quelques chansons, j’aurais bien envie que l’on fasse quelque chose ensemble. » Je n’étais pas foncièrement rassuré, je n’avais pas plus envie que ça de faire de la chanson « quelque chose d’autre que pour mon plaisir », et j’en ai parlé à mes parents à mon retour. A l’époque j’avais une dizaine d’années, mon père m’a dit : « Tu aimes chanter, pourquoi pas ? Ca serait une activité comme une autre. » Donc je suis allé l’après-midi même chez Robert Grange, il avait deux filles à peu près de mon âge, on a sympathisé, il m’a fait écouter ce qu’il faisait. On a commencé à chanter gentiment, et quelques semaines après il a écrit une chanson, « Maman », qui n’a pas connu le succès de la « Maman » qui s’est très bien vendue en 1973, mais qui était une très belle chanson quand même. Cette chanson a été enregistrée, le disque a été vendu sous le nom de Georges à quelques milliers d’exemplaires dans la région, entre Saint-Georges-de-Reneins et Villefranche-sur-Saône. Ca a donné l’occasion de rencontrer par l’intermédiaire de Jean-Baptiste Piazzano, ingénieur du son et directeur d’un label lyonnais très connu à l’époque, JBP, Claude Carrère. Or, Claude Carrère n’avait pas de projet à ce moment-là pour un enfant, donc ça a tourné court, si ce n’est qu’il a quand même gardé nos coordonnées. Un an et demi ou deux ans plus tard, il a repris contact avec mes parents, en leur disant que s’ils étaient toujours partants, il avait une chanson et une productrice. Ca s’est réalisé très, très vite, on a pris contact avec la productrice Anne-Marie Larriaga, et les Larriaga, Jim étant auteur-compositeur de « Maman » et du « Petit Caruso » sont descendus chez mes parents. On a eu une petite répétition ensemble, ça leur a plu, ma voix leur a plu, et ça s’est enchaîné à toute vitesse. La signature du contrat s’est faite dans les jours qui ont suivi, l’enregistrement idem. Je crois que trois semaines plus tard je faisais ma toute première émission de télévision, et pas la moindre, Cadet Rousselle, avec Guy Lux et Sophie Darel. Je pense qu’il y a plein de gamins de mon âge qui auraient pu prétendre à avoir la même chance, simplement le hasard des circonstances a fait que ça a été moi. »

 

Qu’avez-vous ressenti lorsque la lumière des projecteurs s’est éteinte en pleine adolescence ? Vous a-t-on expliqué pourquoi, et l’avez-vous admis ?

« Ca a été terrible, je pense que c’est un coup énorme que l’on subit quand on est ado, et encore ! J’avais la chance d’être un petit peu extériorisé, c’est-à-dire que je menais ma petite carrière à Paris, mais je montais simplement faire les télévisions, les enregistrements, les reportages, les choses comme ça. Mais le reste du temps je le passais dans ma famille, j’allais au collège comme tous les autres enfants de Saint-Georges-de-Reneins, ça m’a permis de garder les pieds sur terre. Je pense que si j’avais dû vivre pleinement à Paris éloigné de ma famille, de mes copains, etc. j’aurais pris la grosse tête, et la chute aurait encoure beaucoup plus rude. C’est pour ça que je plains énormément les gamins qui participent aujourd’hui à des émissions. C’est fantastique, mais le temps que ça dure ! Des émissions comme « Star Academy », « Nouvelle Star »ou d’autres, rien que le titre est préjudiciable. On leur donne le titre de star tellement vite ! Pour moi une star c’est Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Johnny Hallyday…et tant d’autres ! Des gamins qui font de la télé pendant quelques mois, ou même quelques années comme moi, on ne peut pas parler de stars ! Je l’ai pour ma part vécu comme un cadeau, ça a été difficile, très compliqué à gérer par la suite. J’ai mis des années et des années, je crois même que je ne suis pas encore tout à fait guéri. Je recevais 600 lettres par jour, à Paris je ne pouvais pas sortir sans mettre des lunettes de soleil car j’étais pris à partie tout le temps. Il faut imaginer que les sorties de studio de télévision, à l’époque le Studio 102 par exemple, c’était un public de 1.200 personnes, avec des conditions de spectacle sur scène ! Le fait de se retrouver du jour au lendemain comme ça dans l’anonymat le plus complet, ça a été quelque chose de très, très dur à supporter, surtout pour un ado. D’ailleurs, même chez les adultes, il y a même des gens qui se suicident. »      

 

Quel regard, justement, portez-vous sur toutes ces émissions télévisées de maintenant à la conquête de talents juvéniles ? Auriez-vous aimé à l’époque vivre de tels instants ?

« Je ne crois pas. Mon expérience s’est faite dans la douceur même si elle s’est terminée douloureusement. Là, c’est tellement fulgurant, que c’est une mauvaise chose. Dans le temps il y avait les radio-crochets dont ont émergé plein de personnes absolument extraordinaires, comme Thierry le Luron, qui était un ami, et tant d’autres, mais ça n’avait rien à voir. On leur donnait un espoir, en fait. C’était un concours de chant, et ça s’arrêtait là. On ne leur laissait pas envisager qu’ils allaient devenir des stars, ou qu’ils étaient entrés dans le sérail du star-system. Aujourd’hui il y a un côté très pernicieux de faire croire à ces gamins que c’est arrivé. »

 

Vous sentez-vous prisonnier d’un passé glorieux ?

« Oui et non. Roméo, je garde ce pseudonyme, car pour moi c’est une carte de visite au même titre que « Maman », et peut-être plus que Roméo. J’ai de loin passé l’âge, et malheureusement perdu le physique de jeune premier qui me permettrait d’assumer ce pseudonyme de Roméo. Les gens, spontanément, ne se souviennent pas forcément de Roméo, en revanche dès qu’on leur chante « Maman », tout de suite, c’est : oh oui, bien sûr ! Ca s’est vendu à un million d’exemplaires, alors forcément ça a touché énormément de monde, et pas uniquement des gens qui ont mon âge. Parfois, des gens plus jeunes, car leur maman écoutait « Maman ». C’est une chanson qui a passé des générations, et qui aujourd’hui encore quand on la fait écouter à des gens plus jeunes, ça laisse une empreinte. Je me sens prisonnier à ce niveau-là, mais en même temps c’est une prison dorée. Je le revendique aussi, j’ai vécu quelque chose d’extraordinaire que peu de gens ont eu la chance de vivre et auront la chance de vivre. Il ne faut pas cracher dans la soupe. »     

 

Vingt-cinq ans en marge du show-biz, le trait était-il alors définitivement tiré ?

« Oui, parce que j’avais plein d’autres activités, je m’étais donné à fond dans la presse informatique. J’avais construit des magazines, dont un qui est toujours en kiosque, « Micro Simulateur », c’est quelque chose qui m’a largement dépassé depuis, même si je n’étais pas tout seul dans l’histoire. J’ai contribué à la création de ce magazine et j’en suis très, très fier, un magazine totalement différent des autres, car il s’adressait à une clientèle de fanatiques de l’aviation, de l’aéronautique au sens large du terme, mais pas seulement, puisque l’on traitait aussi de sujets de simulation plus pointus. On avait des rapports avec des gens extraordinaires comme ceux de la NASA, de chez Boeing, Airbus, Thompson…A ce moment-là la chanson, je n’y pensais plus vraiment. Bien évidemment ça me trottait toujours dans la tête, j’avais toujours des envies, mais plus vraiment le besoin d’y retourner. »  

 

 

Puis Patrick Renaud (présentement animateur-relais promo à Nostalgie Mâcon N.D.L.R.) est sorti du bois…

« Il est celui qui a redonné du sens à tout cela. Patrick s’est manifesté un jour, il avait lui-même pris contact spontanément avec l’émission de Mireille Dumas sans même m’en parler. Il avait entendu dire que l’émission cherchait des artistes, des jeunes enfants qui avaient fait carrière ou avaient envie de faire carrière. J’avais une histoire à raconter, Mireille Dumas a été emballée, en plus elle connaissait l’histoire de Roméo car elle est d’une génération qui avait vécu ça, donc son secrétariat a pris contact avec moi de manière à ce que je participe à cette émission. C’est cette émission qui a vraiment tout relancé par l’intermédiaire de Patrick. J’ai rencontré les Roméo et Juliette de l’époque, c’est-à-dire Cécilia Cara et Damien Sargue, qui m’ont charmé. Cécilia en particulier avait l’âge que j’avais quand je chantais, ils avaient une expérience fantastique que moi j’avais toujours rêvé de vivre, à savoir une comédie musicale ou tourner un film, et eux avaient la chance de le faire. Donc cette rencontre-là a été décisive dans mon envie, dans mon besoin de remettre le pied à l’étrier. Ensuite ça s’est enchaîné, Patrick m’a mis en contact avec Eric Bensoussan, auteur-compositeur-interprète et accessoirement ingénieur du son de la région mâconnaise. Il m’a dit pourquoi est-ce que l’on ne ferait pas un album, avec des titres nouveaux ? Je ne les revendique pas tous, car il est vrai qu’à ce moment-là j’étais pris dans l’euphorie, et on a fait des chansons qui ne me correspondent pas forcément. En tout cas ça m’a donné l’occasion de faire mes premiers véritables spectacles, ce que je n’avais pas pu faire à l’époque de Claude Carrère car ça ne se faisait pas : me produire devant 6.000 personnes dans le centre de la France, dans le nord et dans plein d’autres endroits. J’ai adoré ça, et j’étais de nouveau piqué par le virus, ça m’a donné des ailes et j’ai eu envie de continuer. J’ai fait d’autres spectacles, d’autres prestations, des premières parties, pris part à des spectacles avec Christian Delagrange qui est resté un ami, fait une tournée avec Patrick Topaloff dans le sud-ouest, qui était un ami très cher et je le regrette beaucoup, car il était vraiment quelqu’un d’exceptionnel. Il avait vécu le pire, avait une grande pudeur, une grande humilité, et il savait la valeur de ce que l’on faisait. C’était quelque chose de fantastique qui recommençait ! Ceci dit, je n’ai jamais laissé tomber mon métier, je travaillais dans la presse, j’ai été traducteur, écrivain, j’ai pas mal de facettes, et là je suis retombé dans la presse avec un petit magazine régional, local. Je pensais depuis très longtemps à un spectacle où je pourrais partager avec je l’espère le plus grand public possible, le plaisir d’interpréter des chansons qui m’ont marqué. Il n’est pas question d’imiter, par exemple quand je chante Nougaro, Bécaud, je ne cherche pas à les imiter. Je les chante à ma manière, c’est aussi une façon de leur rendre hommage. Je chante du Mike Brant parce que j’adorais Mike et que c’était quelqu’un de fantastique. C’est le seul avec qui je suis monté sur scène une fois. Je suis allé le voir en concert, je ne me souviens pas si c’était à Rouen ou Orléans, et sachant que j’étais là il m’a fait monter sur scène pour que je chante avec lui « Qui saura ?» Aujourd’hui je chante dans le spectacle « Rien qu’une larme », parce que quand je pense à lui c’est souvent ce qui me vient à l’esprit : un sentiment de tristesse. »

 

Charnay-lès-Mâcon aura-t-elle une signification particulière ?

« Bien sûr, car c’est une grande première pour Michaël Drut, qui est un tout jeune producteur qui jusqu’à maintenant faisait de l’animation de spectacles, de la prise de son, etc. Je n’arrive même pas moi-même à m’expliquer pourquoi ce jeune qui a une bonne trentaine d’années, qui n’a bien évidemment pas connu Roméo, la raison pour laquelle il s’est pris d’envie de monter quelque chose avec moi d’un seul coup. Je trouve ça extraordinaire ! J’espère vraiment du fond du cœur que ce sera une réussite, que nous aurons le plus de monde possible. C’est très important pour lui, et bien sûr pour moi, parce que l’on n’a pas forcément conscience, quand on est dans le public, de la somme de travail que représente un concert comme celui-ci. C’est deux heures de concert en ce qui me concerne, une demi-heure de concert avec la chorale Mélod’Amis. C’est une grosse préparation, et de gros investissements, en temps, en argent. Pour moi c’est aussi une espèce de première, car j’ai fait des spectacles où j’étais invité. Là je ne suis pas invité, je suis partie prenante dans ce spectacle qui n’est pas un spectacle 100% Roméo, car je chante une chanson que j’ai écrite et composée, et « Maman » aussi bien entendu, et toutes les autres chansons, ce sont des chansons de gens que j’ai aimés. De plus ma femme Marie sera avec moi sur scène en tant que choriste, l’autre étant Vincent. Je chanterai également en duo avec chacun d’entre eux. On va vraiment essayer de faire une fête, un partage de nos émotions. Et puis l’on a la participation d’une femme fantastique, Clélia Bressat-Blum, qui est une pianiste extraordinaire. Elle m’accompagnera sur neuf chansons en piano-voix, des chansons pour la plupart très chargées d’émotions, parfois en anglais, parfois en français. »  

 

 

Qu’adviendra-t-il après, vos désirs seront-ils en phase avec la réalité ?

«C’est toute la question ! Je le souhaite, on a déjà une possibilité peut-être l’année prochaine à Montpellier, et d’autres spectacles, d’autres projets en vue. Mais tout dépend de celui-ci. Bien évidemment on ne peut pas s’amuser à faire des spectacles et des spectacles sans que ça ne porte ses fruits. Je vais être très terre à terre, des fruits financiers, car cela revient extrêmement cher (location de la salle, du matériel…). Je ne parle pas pour moi, mais pour Michaël, il n’a pas une bourse extensible à volonté malheureusement. Même si l’on ne fait que 300 ou 400 entrées, ça sera déjà un pari de gagné. Il faut au moins que Michaël puisse rentrer dans ses sous. Après je pense que le bouche-à-oreille fera beaucoup pour que nous puissions faire d’autres spectacles, peut-être dans des salles plus réduites, où l’angoisse du remplissage sera moins présente, mais où l’on pourra refaire ce spectacle ou en préparer d’autres. Des projets, on n’en manque pas ! »

 

Renseignements

Concert le samedi 10 septembre à 20h30 à l’Espace la Verchère à Charnay-lès-Mâcon. Tarif : 20,00 euros. En 1ère partie, la chorale locale Mélod’Amis. Réservations : Michaël Drut au 06.35.20.05.53, www.michaeldrutprod.com

                                                                                                           Michel Poiriault

                                                                                                           poiriault.michel@wanadoo.fr

                                                                              

 

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