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Cette pureté originelle du désert qui envahit l'esprit d'Alain Vinot (2)

Lorsqu’il s’est rendu compte de visu de tout ce que les contrées désertiques et les peuples inféodés étaient en mesure de délivrer le plus naturellement possible, Alain Vinot a laissé s’implanter son Bing Bang intérieur. Et de signer mentalement un pacte avec eux pour l’éternité. Confidences.

 

La Mauritanie comme point de chute

« J'étais, et je suis toujours, avec une femme d'exception, qui m'a un peu calmé, qui est un peu mon oreiller, ma douceur. Son plaisir c'était de vivre sainement le sport, parce qu'elle l'aime, et puis surtout elle a une grosse passion, dans la mesure où elle a eu la chance de rencontrer Théodore Monod, le grand chercheur-ethnologue, au Parc floral de Paris. Au bout de quelques années, comme je suis un peu électron libre, je suis rentré un soir, et lui ai demandé quel était son rêve. Elle m'a répondu que ce serait de parcourir le désert, y habiter. Je lui ai dit qu'il fallait qu'elle le concrétise, que j'allais lui offrir. Alors j'ai vendu des parts de ma société, on a tout réglé en six mois, et nous sommes partis en 2006 en Mauritanie sur les traces de Théodore Monod. On a rencontré des gens fabuleux, on a fait en particulier le banc d'Arguin. »

« Ca restera un paradis »

« Nous sommes descendus sur la frontière, non loin de l'Algérie, ce qu'ils appellent le Sahara occidental. Est-ce qu'il est occidental ou Marocain ? C'est un grand problème, on ne le saura peut-être jamais...On n'a pas voulu rentrer, on s'y est arrêté. On a construit une espèce de cabane en terre dans le désert, nous sommes restés deux ans en autarcie, à vivre avec les dromadaires, les hommes du sable, les vrais touaregs, humbles, qui partagent, des personnes d'exception, pas les touaregs que l'on assimile maintenant aux terroristes, les gens n'ont rien compris. Nous avions la piste à 17 km, la première ville était à 250 km d'un côté, 230 de l'autre, des frontières, un camp de l'ONU pas loin qui nous amenait de l'eau. On avait droit à un litre par jour, il faisait 52 -53- 54 ° de moyenne. Ce n'était pas une pénitence, ça restera un paradis. Comme je le dis souvent à mes potes, je ne suis pas allé en enfer. Nous avons même découvert notamment des gens qui avaient sauté sur des mines, on s'est occupé d'eux. J'ai entraîné un gars sur un fauteuil, il a gagné une médaille au lancer du poids, il n'avait plus de jambes. Un gars, sans bras, a remporté un marathon ! Il courait derrière ma Land Rover sur une piste où il faisait 52° de moyenne. »

Une besogne de titan abattue au Maroc

« Et nous avons traversé tout le Maroc. Puis un ancien boxeur qui était à la Fédération royale marocaine de boxe, a voulu que je vienne à Casablanca, où nous nous sommes installés pendant presque un an, et là le Royaume m'a nommé Directeur technique national. On m'a demandé si j'étais capable de monter une Fédération professionnelle de boxe. Donc on a monté le Groupement national de boxe professionnelle du Maroc, et j'ai formé huit commissions en un an. Ma femme, qui est administrative, s'occupait de tout transcrire ce que moi je mettais sur papier, elle tapait, corrigeait, mettait en page. J'ai fait de la détection sur pratiquement tout le Maroc, j'ai trouvé cent boxeurs que j'ai fait venir à Casa. J'ai organisé trois stages, j'en ai fait passer 32 professionnels, j'ai mis en place les compétitions, les droits et les redevances, les entraînements, une passerelle avec la Fédération royale amateur via l'équipe olympique. On a fait une conférence de presse, j'ai écrit avec un docteur spécialisé en sport un guide « Soins, hygiène, diététique, préparation physique ». On a instauré un système médical par rapport au suivi des boxeurs. On a créé deux guides, puisque c'est un pays islamique, on a séparé le sport des hommes et celui des femmes. J'ai mis en place une formation, parce que là-bas il y a plein d'illettrés, et pas d'entraîneurs formés qui pouvaient préformer ou former à un niveau fédéral, avec la base, les fondamentaux, ce qu'est la boxe anglaise, la puissance, la vitesse, le temps de latence. Ils savent le faire, mais ne savent pas le mettre sur un papier, le transposer : qu'est-ce qu'un décalage, un pivot, un contre, une contre-attaque, un uppercut, un crochet, combien pèse une paire de gants, quelles dimensions a un ring ... Je dois faire un condensé basique pour les préformer, et après former quelqu'un pour qu'il pousse son pays à être encore meilleur. On a monté une fédération et j'ai même inventé les licences, ce qu'ils appellent les passeports boxe avec le logo, avec tout. Une fois que tout a été mis en place je me suis retiré. Ca fonctionne encore, puisqu'ils ont maintenant deux champions du Monde. J'ai fait quelques stages après à Agadir avec Julien Lorcy, qui habite dans cette ville. »

Illuminé par l'aura de Michel Vieuchange

« Nous sommes repartis sur les traces d'un fou de la vie aussi, qui est enterré à Agadir et que personne ne connaît, mais cela vaut la peine de le connaître. On a retrouvé ses mémoires de route il n'y a pas longtemps, Il s'appelle Michel Vieuchange. On a repris sa route, et on a fait son chemin dans le désert. C'est le premier homme à l'avoir traversé. Nous sommes passés devant sa plaque, où il a passé une journée le 1er novembre 1930. Après quatre mois et demi de voyage il est mort. Son histoire est exceptionnelle. Son épitaphe est : «Je souffrirai n'importe quoi, je dormirai n'importe où. Un seul objectif : atteindre Smara ». Smara, c'est la ville tout au fond du désert, avant la frontière mauritanienne et algérienne. On était pratiquement les seuls européens, et ma femme a pris soin de la seule blanche à avoir vécu là-bas. On a retraversé tout le désert. J'ai refait tailler une plaque avec son épitaphe, car elle était quasiment illisible. Je l'ai ramenée, et mise sur sa tombe. »

Un des moines de Tibhirine par le plus grand des hasards

« D'Agadir nous sommes repartis plus dans le nord, et par hasard on cherchait un endroit pour dormir, hôtel ou gargote car on était vraiment des nomades et nous sommes arrivés dans un monastère. Je vous le dis franchement, je ne suis pas croyant, je crois en l'homme avec ses tripes et ses valeurs. J'ai lu le Coran, la Torah, la Bible, le livre sur le bouddhisme, je me suis interrogé. Une personne nous a ouvert la porte, nous a accueilli et laissé une petite chambre...en fait, on l'a su le lendemain, nous sommes tombés sur Jean-Pierre, le survivant des moins de Tibhirine, qui a écrit un bouquin il y a deux-trois ans ! En réalité les moines n'étaient pas sept, mais neuf. Il y eu deux survivants : Amédée, qui était tellement vieux qu'il est mort en 2008, et Jean-Pierre. On a eu la chance de passer quelques jours avec Jean-Pierre. Comme ce sont des trappistes, à partir de 17h ils ne parlent plus. Ils sont entre eux, font cinq, six, sept prières par jour. Ce sont des gens très, très pointus, de haut niveau, c'est de la haute technologie cérébrale, on a rencontré aussi des sœurs. On a réussi à récupérer par quelqu'un en France une somme d'argent. Ils en avaient besoin car ils s'occupaient des Berbères dans la montagne avec une association caritative. On a fait refaire le toit de l'école. Nous sommes redescendus plus sur Marrakech, où là j'ai fait du coaching pour des gens qui avaient du fric. Et puis on avait fait le tour de tout, nous sommes rentrés en France en gros fin 2012. Dans notre tête nous sommes restés un petit peu là-bas. Je me suis remis dans le bain directement, ma femme a repris un poste car elle était en congé sans solde, étant dispo. Nous sommes sur d'autres projets, toujours avec le désert, d'ailleurs nous faisons partie de La Rahla, l'Amicale des Sahariens. On essaie d'apporter notre petite contribution parce qu'on a vécu au Sahara. On espère peut-être, si on n'est pas trop vieux, repartir un jour là-bas, parce qu'on se sent plus proches des gens. On a toujours des contacts. »

 

Propos recueillis par Michel Poiriault

poiriault.michel@wanadoo.fr 

 

 

 

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