Chalon sur Saône

Le Quai des Messageries à Chalon-sur-Saône accueille l'exposition "Les Fantômes de la jungle"

"No photos", "No tourists", c'est ce que l'on pouvait lire en pénétrant le Calaisis, cette ville éphémère qui a compté jusqu'à 10 000 réfugiés. Le photographe chalonnais Sébastien Pelletier- Pacholski a posé son oeil d'homme et de photographe sur les habitants de cette jungle par lesquels il a su se faire accepter. Une exposition puissante et nécessaire ! Entretien...

Si Sébastien Pelletier-Pacholski débute la photographie dès l'enfance, ce n'est qu'en 2013 qu'il renoue avec sa passion en se spécialisant dans la photographie de rue. Cette exposition, composée de 18 photos en noir et blanc, est un témoignage. C'est donc exceptionnellement et pour traiter de ce sujet que le photographe s'est tourné vers la photographie de reportage pour nous proposer cette série sans jugement, ni réquisitoire. Le spectateur y croise des vies qui ont déposé là, un instant, leurs rêves d'ailleurs ; ainsi s'ouvre une grande parenthèse, au milieu d'un autre fracas, lui, fait de boue. Les regards expriment les longs silences ou les cris à peine murmurés ; la tristesse et l'espoir, la beauté d'un visage, d'un paysage ou le chaos des installations de fortune cohabitent dans cette ville éphémère, peuplée de ces hommes, ces femmes moins nombreuses et de ces enfants qui n'ont qu'une chose dans leur bagage : l'attente - aussi interminable soit-elle - annonciatrice d'un futur incertain.

Était-ce pour vous une évidence de traiter ce sujet ?

Oui, pour avoir été à Calais et pour avoir vu cette situation s'éterniser. Figer ces instants comme un témoignage s'est imposé à moi comme une évidence effectivement. La difficulté, par rapport à ce que je fais habituellement, c'est que ce travail de reportage a nécessité d'aller vers les gens alors que je suis assez "timide". De plus, c'est une zone sensible où chacun s'observe à distance, il me fallait entrer et gagner leur confiance. La photographie de rue, quant à elle, me demande de choisir un cadre "la scène de mon théâtre" puis d'attendre patiemment que les acteurs prennent place sur le plateau. Ici, le travail s'est déroulé de décembre 2015 jusqu'en été 2016. Au total, j'ai effectué 5 ou 6 séjours. C'est surtout la rencontre avec une journaliste free lance, Alexandra Lombard, qui a couvert des zones hostiles, qui m'a aidé à comprendre les codes, comment aborder les gens... Sur place, nous avons ainsi  travaillé ensemble. Puis j'y suis retourné seul...

Qui a capté ces images ? L'homme ou le photographe ?

Les deux, forcément. Dans cette situation, je suis acteur-témoin et l'échange se fait par le partage. D'ailleurs, nous avons été invités à entrer dans les tentes, à échanger autour d'un café et partager un bout de pain. Dans ce travail, le regard n'est pas forcément artistique, car je n'ai pas perdu de vue qu'il s'agit d'un témoignage, il n'y a donc pas de réflexion sur l'esthétique. Les habitants de cette jungle venaient nous demander ce que nous faisions là. Ils viennent de Syrie, d'Afghanistan, d'Erythrée, il y a des kurdes, des sud-soudanais ; ils se sentent laissés pour compte et quand les relations de confiance sont établies, ils sont plutôt contents que quelqu'un s'intéresse à eux. On ne sort pas indemne de ce type de travail. 

C'est pour cela que vous avez intitulé votre exposition "Les fantômes de la jungle"? 

Oui, parce qu'on ne les a pas personnalisés, ils ont été en quelque sorte "déshumanisés". Via les médias, les spectateurs que nous sommes, n'ont vu qu'une marée humaine de réfugiés vivant dans des conditions précaires. À quel moment s'est-on arrêté sur un visage ? Un regard ? Une histoire ? Trop peu souvent sans doute. Comme je vous l'ai dit, ils étaient contents qu'on s'intéresse à eux ; ils ont parfois parcouru 6000 km, traversé des mers et des pays en guerre. Eux-mêmes viennent de pays en guerre ou bien sont des réfugiés climatiques. Moi, mon travail consistait à m'effacer derrière mes photos, de sorte que son seul objectif soit le témoignage. C'est également pour cela que je n'ai pas voulu enfermer cette exposition dans une galerie. Je voulais un lieu ouvert, accessible à tous, que ces photos interpellent aussi les passants.

Pourquoi avoir fait le choix du noir et blanc ?

Pour le coup, avoir choisi le noir et blanc est un parti pris esthétique car je voulais enlever toutes les informations couleurs. Comme les installations de fortune sont faites de bâches bleues, de madriers et de toutes sortes de matériaux de récupération, les images étaient saturées de couleurs. On s'y perdait et on y perdait l'information principale. Adopter le noir et blanc a permis de diriger, concentrer l'attention sur le sujet principal. 

Un livre est en cours de réalisation...

Oui, car ces 18 photographies ne sont qu'une sélection parmi des centaines de photographies réalisées. Le livre permettra d'en proposer 150 et les textes de Christophe Reynault, souvent poétiques, viendront accompagner ces images. Le livre comportera 200 pages et j'espère, sortira en décembre.

L'exposition est visible jusqu'au 11 octobre, Quai des Messageries à Chalon-sur-Saône. Une conférence animée par Sébastien Pelletier- Pacholski est organisée le 27 septembre au Musée Nicéphore Niépce.

SBR

 

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