Chalon sur Saône

Luc Ferry ne se rendra pas à Chalon le 20 octobre. Il s'épanche quand même sur l'éthique du 21ème siècle.

Il devait bâtir son argumentaire à Chalon-sur-Saône le vendredi 20 octobre à 20h30, salle Marcel-Sembat, afin d'apporter toute la lumière sur la problématique suivante : « Quelle éthique pour le 21ème siècle ? », par le truchement d'une conférence organisée par les PEP 71. Elle est annulée. Le philosophe et ex-ministre de l'Education nationale Luc Ferry commence néanmoins ci-après à en dénouer l'écheveau. Interview pour info-chalon.com

Quelle consistance aura ou devrait avoir l’éthique, en ce 21ème siècle ?

« En vérité, il n’y a pas grand-chose de neuf en éthique depuis Socrate, Bouddha et Jésus. On se conduit moralement avec les autres quand on les respecte et qu’on ajoute autant qu’il est possible au respect la bienveillance, voire la bienfaisance, ce qui est encore mieux. Je ne vois aucune vision morale du monde qui professe autre chose, donc rien de neuf de ce côté là. Vous savez, comme le disait Kant, ce qui est difficile, ce n’est pas de savoir où sont le bien et le mal, même un enfant de dix ans en a conscience, ce qui est parfois plus délicat, c’est d’appliquer, de mettre en pratique ce que nous savons avoir à faire... »

A qui revient le droit de déterminer le choix du futur code de déontologie qui sera le nôtre d’ici 2100 ?

« La vieille Europe a développé à partir de la philosophie grecque, du judaïsme et du christianisme, puis avec l’invention de la démocratie et des droits de l’homme qui en sont largement l’héritage, une vision humaniste du monde qui me paraît toujours d’actualité, voire plus actuelle que jamais. Le problème c’est que cette vision morale du monde reste pour le moment assez largement limitée à l’Occident. Je ne suis pas certain qu’en Corée du nord ou chez les émules de Daech on partage les mêmes valeurs que nous. Je tiens beaucoup à ce que la vieille Europe peut apporter au monde, à ce mélange de liberté, d’autonomie ( y compris pour les femmes ce qui n’est pas partout le cas) et de protection sociale que nos ancêtres ont construit avec tant de talent et d’énergie. Le problème n’est pas tant d’inventer de nouvelles valeurs que de les proposer au reste du monde... »

 Etre philosophe et religieux, une mission impossible ?

«Les grandes questions existentielles, celles qui comptent vraiment – celle des âges de la vie, du deuil d’un être aimé, de l’amour, de l’ennui dans la banalité de la vie quotidienne, etc. – ne sont pas essentiellement des questions morales ni politiques. Vous pouvez vivre comme un saint, être gentils comme des anges, respecter et aider autrui à merveille, appliquer les droits de l’homme comme personne…et vieillir, et mourir, et souffrir. Car ces réalités, comme dit Pascal, sont d’un autre ordre, qui relève de la « spiritualité » entendue au sens de la vie de l’esprit, laquelle ne se limite pas au religieux et va bien au delà de la morale. De quoi s’occupe t elle ? De notre rapport à la mort ou, c’est en vérité tout un, de la question de la vie bonne pour les mortels. Or, de ce point de vue, il est parfaitement évident qu’il existe deux types de spiritualités, deux manières d’aborder la question de la sagesse et de la vie bonne pour ceux qui vont mourir et qui le savent, c’est à dire nous : des spiritualités avec Dieu et par la foi, ce sont les religions ; et des spiritualités sans Dieu et par les voies de la simple raison, et ce sont les grandes philosophies qui indéniablement, de Platon jusqu’à nous, se sont occupées de cette question ultime sans passer par le religieux. Il existe de grands penseurs chrétiens, juifs, musulmans, etc., mais tous finissent par abandonner la raison pour faire place à la foi. C’est bien leur droit, mais ce n’est plus de la philosophie. »

 Avez-vous un livre en gestation ?

« J’ai plusieurs livres en chantier, un dictionnaire amoureux de la philosophie en deux gros volumes, un livre sur la question du progrès avec un jeune économiste, Nicolas Bouzou, et enfin un dernier livre sur la notion d’Harmonie qui me paraît essentielle dans les réponses apportées à la question de la vie bonne pour les mortels. Ce sera un livre qui tentera de répondre à cette interrogation dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, celui de la troisième révolution industrielle, de l’intelligence artificielle et du transhumanisme. »

 

Crédit photo concernant Luc Ferry : Sylvia Galmot

 

Propos recueillis par Michel Poiriault

poiriault.michel@wanadoo.fr 

 

 

 

 

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