Chalon sur Saône

Isabel Toré Paez plaide la cause d'une Espagne unie et indivisible

De nationalité espagnole, Isabel Toré Paez est née à Malaga, donc en Andalousie, et a des attaches familiales à Barcelone (l’une de ses sœurs vit toujours là-bas, tandis que l’autre réside dans la cité de Niépce depuis 1965), vitrine de la Catalogne. Elle place l’Espagne au-dessus des contingences régionales, la raison l’emportant pour elle sans coup férir. La Chalonnaise depuis cinquante-deux ans s’en explique.

« Je l’ai senti grandir, le mouvement… »

Partie de la péninsule ibérique en 1955, soit bien après la guerre civile car son père n’y possédait pas d’avenir, la famille prit la direction du Maroc et de Casablanca, pour s’installer chez le frère du papa. Dix ans après, à l’âge de 17 ans, Isabel s’implanta à Chalon-sur-Saône. Même à distance, l’actualité espagnole est sienne. « Je l’ai senti grandir, le mouvement, mais je ne m’attendais pas à cette supposée déclaration d’indépendance. Partout on peut parler le catalan en Catalogne dans tous les commerces depuis cinq-six ans. Il y avait même une intolérance au castillan. On voyait fleurir les drapeaux à toutes les fenêtres. Je savais que ça montait en puissance, je ne pensais cependant pas que les indépendantistes pouvaient autant laver le cerveau des gens ! « Dont acte.

 

Point de salut, dès lors que c’est en dehors des clous

Sa vision est radicalement l’opposée de celle des personnes aux idées émancipatrices. «Je ne vois pas pourquoi ils demandent l’indépendance, ils ont une autonomie énorme. Les Basques espagnols ont une autonomie différente. Ceux-ci encaissent les impôts sur le revenu, alors que pour les autres communautés autonomes, c’est l’Etat qui s’en charge, et il verse une certaine somme liée au prorata du nombre d’habitants. Par exemple, la Catalogne (7,5 millions d’habitants) a perçu 7.275,000 euros pour 2017. L’Andalousie (8,3 millions d’habitants) a quant à elle perçu 4.642,000 euros pour 2017. La Catalogne représente 16% des habitants, l’Andalousie, 18%. La Catalogne, première région, est donc déjà avantagée, avec presque autant d’habitants. Elle court à la ruine si elle devient indépendante, car elle dépend de l’Espagne. Elle croit qu’elle est un pays à part entière, contrairement au Pays basque qui a été un pays, et elle a pu négocier cette différence. » Isabel  ne décolère pas devant les libertés inconsidérées prises par le pouvoir local, ne mâchant pas ses mots. «Le référendum réalisé est illégal, basé sur le mensonge, avec un endoctrinement à travers la chaîne catalane Antena 3. C’est interdit dans la Constitution espagnole, que l’autonomie devienne indépendance. » Présidente du Centre culturel espagnol à Chalon depuis une décennie, Isabel met le cap sur Barcelone cinq fois par an en moyenne, c’est dire si elle est en prise directe avec la réalité. Les vieux démons remontent à la surface. »Ca me chagrine, c’est un pays divisé.  On a un passé lourd à ce sujet (Franco n’est pas blanc comme neige, doux euphémisme NDLR). Les indépendantistes jouent sur ce contexte historique pour dire que nous sommes un pays totalitaire. Les gens non pro-indépendance sont mal vus, ça se remarque dans les gestes. L’Espagne est une démocratie comme la France, l’Allemagne, etc. Les policiers avaient un ordre à accomplir de la part de la justice. Contrairement à la Constitution des USA où chaque Etat a sa justice, en Espagne il n’y a qu’une justice, et c’est elle qui juge tout. La police a le droit d’utiliser la force, comme en 68 en France, ce n’est pas pour autant que la France est un pays totalitaire ! Les indépendantistes ne lâchent pas, j’ai peur que ça descende dans la rue de manière plus violente. »

 

Des conséquences très visibles

Le constat s’avère alarmant. « Il y a 19% de touristes en moins depuis le 1er octobre, sans parler des quelque 2400 entreprises qui ont délocalisé leur siège social. Plusieurs jours après le référendum il y avait la queue dans les banques pour retirer l’argent. » La Chalonnaise n’a pas digéré que Carles Puigdemont, le président du gouvernement de Catalogne, ait pris la poudre d’escampette. »Son départ pour la Belgique a été un acte lâche. Il a dit que son parti se présentait pour le 21 décembre, et il a cherché à fuir dans un autre pays européen, affirmant que c’est l’Espagne qui a fait un coup d’état envers la Catalogne ! Quant à la présidente du parlement catalan, elle a été condamnée. L’article 155 destitue tous les dirigeants de la Catalogne, et maintenant elle est sous tutelle. La campagne électorale est lancée, je pense que le tourisme va en prendre un coup. » La sexagénaire extrapole, craignant l’effet boule de neige. « Ca peut donner des idées au peuple catalan français, aux Corses, à certaines régions italiennes…Ca monte en puissance de la même façon. »  

 

Le 21 décembre sera déterminant…

« Ce que j’aimerais, c’est que tout soit rétabli et que les Catalans s’assoient à la table du gouvernement. Quand tout reviendra dans l’ordre, ça laissera des traces, même au sein des familles. Dans les discussions, il vaut mieux s’abstenir d’évoquer la politique ou la religion ! L’Espagne, je mets à part la Catalogne, je la vois comme une grande famille. Il y a beaucoup, beaucoup de solidarité en Espagne. » Isabel Toré Paez participera à l’élection officielle du jeudi 21 décembre, à Barcelone. » Plus de deux millions de personnes sont allés voter, et le « oui » l’a emporté avec 90% des voix. Les autres ne pouvaient pas s’y rendre, ça a faussé la donne, mais là, tout le monde va voter. » Sachant que la participation était de 42,3 % et que la Catalogne comptabilise 5,34 millions d’électeurs, ce sera une autre paire de manches…Et nous faisons confiance à Isabel, notre future « envoyée spéciale » pour relater les faits et gestes, ainsi que les considérations afférentes au climat ambiant…

                                                                                            Michel Poiriault

                                                                                           poiriault.michel@wanadoo.fr

      

 

 

  

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