Chalon sur Saône

Dans la bouche du professeur David Khayat le cancer prend une tout autre dimension

L’éminent professeur Khayat était déjà venu à Chalon-sur-Saône il y a une quinzaine d’années, pour s’appesantir sur les traitements dernier cri du cancer. Ce vendredi soir au grand salon du Colisée la sommité s’est polarisée sur les mécanismes menant à cette foutue maladie, la détabouisant du même coup, avant d’indiquer quel mode de vie devait être le nôtre afin de minimiser aux maximum ses perfides agressions, devant quelque cent cinquante auditeurs.

La double peine

« J’ai le sentiment comme vous d’être cerné par la maladie. On a l’impression qu’il y a du cancer partout. Le cancer est la première cause de mortalité, même s’il y a presque autant de maladies cardiovasculaires. Cette maladie est particulière », les propos introductifs du celui qui a pris en main Johnny Hallyday –problématique sur laquelle il a été bien entendu motus et bouche cousue, secret médical oblige-, ne tournèrent d’emblée pas autour du pot. Souvent empreint de technicité tout en n’étant pas dans la froideur scientifique, son exposé, pris avec la délicatesse qui sied à l’événement fâcheux et mené tambour battant, sut de temps à autre dédramatiser par le biais de traits d’esprit plutôt bienvenus. Ce fut crucial, car un homme sur deux et une femme sur trois ont ou seront victimes du crabe au cours de leur vie…En France un peu plus de 350.000 cas débarquent sans crier gare chaque année, occasionnant 150.000 décès. Rien que le cancer du sein supprime 11.000 femmes sur une période identique. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime qu’en 2020 vingt millions de nouveaux cas se déclareront, entraînant dix millions de morts. Face à l’ampleur du désastre, faire admettre au patient qu’il est affecté s’apparente à chaque fois à une espèce de démolition de l’existant. «Quand vous annoncez à quelqu’un qu’il a un cancer, il est déjà mort dans sa tête ! » Frappée une première fois par la dureté de la réalité, la proie le sera malheureusement tout au long de sa vie, dégâts collatéraux aidant, puisque « les assurances, les banques, etc. n’oublieront jamais un cancéreux. »

 

Le tabac et les hormones en tant que principaux pourvoyeurs

Le professeur Khayat est entré dans l’intimité des cellules, gènes, chromosomes, de l’ADN, histoire de rendre intelligible la formation d’un cancer et de tordre le cou à une palanquée d’idées fausses véhiculées par ladite maladie. « Avec l’ADN de chaque individu on pourrait faire une dizaine d’allers-retours de la Terre à la Lune. Il y a environ 70 millions de nouvelles cellules chaque jour. Une boule d’un tout petit cancer mesurant un centimètre comprend un milliard de cellules cancéreuses. Au nombre de 25.000, les gènes, qui permettent la vie à toutes les espèces,  sont à la base du cancer quand ils deviennent anormaux. La mutation peut conduire à quelque chose de catastrophique, autrement dit c’est la multiplication à l’infini de cellules à partir d’une cellule mutée, qui donne vie au si redouté et redoutable cancer. Quels sont les facteurs de risque ? Pour 30% le tabac, aux trente substances cancérigènes, occupe le haut du tableau, à égalité avec les hormones. Ensuite, à hauteur de 20%, se poste l’alimentation. Pour 10%, nous trouvons les bactéries et les virus. Enfin, à 5% les paramètres héréditaires, et le même chiffre pour les rayons ultraviolets du soleil, la pollution…Quant aux études réalisées, il convient d’exploiter celles qui ont trait à l’homme, et non pas celles effectuées sur l’animal…  

 

Prenez garde à ce que vous ingérez !

S’agissant de l’alimentation,  alliée de choix pour repousser au diable vauvert les affres du mal, le professeur n’a pas sorti de sa poche un régime anti-cancer –ça relève du domaine de l’irréel à ses yeux-, mais quelques idées générales, qui lorsqu’elles sont mises en pratique s’avèrent un support tout à fait respectable. « De la qualité des aliments dépendra la qualité des cellules. De la présence et de la qualité des antioxydants va dépendre la défense contre le stress oxydatif. » Certains parmi les vertébrés aquatiques sont en cause. « Les gros poissons, saumon, thon rouge, flétan, bar, sont contaminés par les métaux lourds, et donc cancérigènes. Parfois il y a plus de cadmium dans un saumon que dans une poignée de terre issue d’une mine où figurent des minerais ! » Avant d’admettre que c’est en train de s’améliorer. Contraint par l’horaire, l’orateur n’a pas pu développer à loisir sa narration. Il n’empêche que le tabagisme n’a pas été éludé. « J’ai été le plus grand lutteur contre le tabac. L’augmentation massive est très dissuasive, notamment chez les jeunes. » Mais l’oncologue de réputation mondiale craint que les jeunes, dès lors que le paquet de cigarettes coûtera dix euros, se mettent davantage au cannabis, ce qui n’est pas la panacée tout comme la cigarette électronique, dans la mesure où à partir du moment où une matière organique brûle, il y a des possibilités de cancer… »La société liberticide, je n’y crois pas. On aura des mafias, des trafics, de tout… », a-t-il exprimé sans ambages.

                                                                                                     Michel Poiriault

                                                                                                    poiriault.michel@wanadoo.fr            

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