Champforgeuil

TRIBUNAL de CHALON : L'incendiaire de l'hôtel de Champforgeuil a été écrouée, dans un état second...

Léa X., 23 ans, grande, mince, jolie, mais déjà abîmée, fort. Elle est née à Chalon-sur-Saône...

Vers 3h30 du matin dans la nuit de mardi à mercredi, le veilleur de nuit a vu les flammes qui dansaient aux fenêtres d’une des chambres du P’tit dèj hôtel de Champforgeuil. Alarme incendie, évacuation immédiate : sur les 58 chambres, 54 sont occupées. 73 personnes sortent sans encombres, parmi elles 7 enfants. Les pompiers maîtrisent l’incendie mais la chambre est fichue. Au sol, un briquet, et le cadavre d’une bouteille de Vodka. Dans cet hôtel, tous les matériaux, jusqu’aux matelas, sont ignifugés : on ne met pas le feu facilement, il faut le vouloir. 
Pendant ce temps, une jeune femme aux longs cheveux blonds qui a quitté l’hôtel au moment où le feu prenait ses aises poursuivait un drôle de parcours, complètement hors de ses pompes : les caméras municipales de surveillance la captent à différentes intersections de l’avenue de Paris. Elle met le feu sur son passage, à des poubelles, 6 ou 8, on ne sait pas, la comparution immédiate est une procédure très rapide, personne n’a eu le temps de faire le bilan exact. Puis, elle met le feu à des parasols de bars. La police l’arrête bien avant le lever du jour. 

Il y a 5 ans, elle est partie pour Marseille


Léa X., 23 ans. Grande, mince, jolie, mais déjà abîmée, fort. Elle est née à Chalon-sur-Saône, Il y a 5 ans, elle est partie pour Marseille. L’amour, dit-elle. L’homme en question, elle finit par le quitter, « il était devenu violent », et elle revient ici, chez ses parents. Or l’homme la veut et il y a 1 mois environ, on l’enlève à Montceau, où elle avait trouvé un travail. La police la retrouve séquestrée dans un bar à chicha de Chalon, le Cristal. Méthodes caractéristiques d’un certain milieu, et réaction tout aussi caractéristique de la victime : pas d’enlèvement, donc pas de plainte, circulez y a rien à voir. 
« Des éléments du dossier vous rattachent à la drogue et à la prostitution », dit la présidente Catala. « Non, non », dit la prévenue. Elle répète sans cesse « je vais être honnête avec vous », elle dit que sa première audition s’est mal passée parce que le policier la traitait mal, mais que le second lui a parlé « comme à un être humain, alors ça allait ». « Je viens de la rencontrer, expliquera son avocate, Maître Leray Saint-Arroman. C’est quelqu’un de profondément triste. Elle est épuisée physiquement et moralement, et pas seulement à cause de sa garde à vue. Elle m’a dit «je suis comme dans un cauchemar». Elle ne se reconnaît pas dans les faits : on devrait s’interroger. »
L’alcoolémie en effet n’éclaire en rien le « trou noir » qu’invoque cette jeune femme aux abois. 0.35 mg/litre d’air expiré, c’est bien peu dans ce contexte. Une prise de sang et des analyses toxicologiques poussées auraient peut-être levé un voile ?

Léa aurait dit : « Arrête, j’ai mal ! », l’homme aurait répondu : « J’ai payé, donc… »


Mardi soir, c’est un homme qui a loué la chambre de l’hôtel, un homme dont les magistrats ont l’identité, et savent qu’il ne loue jamais directement. C’est donc un autre homme qui a payé la chambre et laissé copie de sa carte d’identité. Léa est arrivée vers 21h20 avec un troisième homme. Ils sont montés. ?Les voisins ont entendu des cris, des violences, des disputes. Léa aurait dit : « Arrête, j’ai mal ! », l’homme aurait répondu : « J’ai payé, donc… ». Le grabuge a empêché les plus proches de dormir, il a duré des heures. La prévenue (on a manqué écrire « la victime »…) dément avec énergie : pas de violences, pas de coups, elle avait trop bu, elle ne se souvient de rien, circulez y a rien à voir.
La jeune femme ne manque pas d’aplomb, sa voix est assurée, forte, mais ses yeux sont battus, elle traîne de grandes cernes colorées, et elle s’excuse auprès de la directrice de l’hôtel, et aussi des clients. Elle « ne sait pas », elle « ne comprend pas », mais elle indemnisera « jusqu’au dernier centime ». 
La directrice de l’hôtel est aussi une femme jeune. Le veilleur l’a réveillée à 3h30. Elle a dû faire rentrer son mari qui travaille de nuit pour pouvoir se rendre sur les lieux, car ils ont deux enfants petites. Elle en veut à Léa d’avoir fait courir tant de risques à tant de monde, mais elle parle sans la moindre agressivité : « Elle aurait pu dire en sortant qu’il y avait le feu. Prévenir, alerter. Mais voilà…, et elle se tourne vers l’incendiaire, …à cause de ce que tu as fait… » Elle est émue.
Maître Guichard se constitue partie civile pour l’un des bars qui a perdu des parasols. Les victimes se retrouveront en audience plus tard, pour régler les intérêts civils.

Son ancien conjoint la terrifie, il voulait la ramener de force à Marseille


La vie est parfois comme du cinéma, deux mondes parallèles un jour se croisent et se percutent, et les incidences sont fortes sur tous ceux qui sont impliqués à leur corps défendant. Celui de la jeune femme, errant dans les rues de la ville cette nuit, semant des feux sur son passage comme un Petit Poucet morbide, et vraisemblablement inconsciente de ce qu’elle faisait, comme elle le dit à l’audience, laisse l’image du désespoir poussé à son comble, « c’est peut-être une sonnette d’alarme », glisse son avocate, un appel au secours muet, parole verrouillée de l’extérieur. ?
Du reste l’assurance vacille et sombre lorsque son avocate poursuit : « Son ancien conjoint la terrifie, il voulait la ramener de force à Marseille. Et le soutien familial est en retrait (sa mère l’a passée dehors après l’histoire de la séquestration). » Léa pleure, la policière de l’escorte lui donne un kleenex. 
Le parquet requiert 18 mois de prison dont 8 mois assortis d’un suivi mise à l’épreuve de 2 ans, et un mandat de dépôt. Léa n’a pas de casier.

«Sur la tête de ma mère, je vais me suicider»


Le tribunal la condamne à 24 mois de prison dont 18 mois avec sursis assortis d’un suivi mise à l’épreuve de 2 ans, obligations de soins, de travailler, et d’indemniser les victimes. Le tribunal décerne mandat de dépôt, l’incendiaire de l’hôtel sera écrouée à Dijon. 
Léa s’agite, elle voudrait tourner le dos aux magistrats, sa main tape nerveusement sur sa jambe, elle murmure « je vais péter les plombs, là, je vais péter les plombs ». L’escorte cherche à l’apaiser. « Sur la tête de ma mère, je vais me suicider. »
 « Elle a besoin d’être entourée », plaidait son avocate. 

FSA

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