Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Malentendu sur une rencontre par petites annonces, "Vous punissez les gens en commettant une infraction pénale, vous ?"

"Je n'ai pas apprécié qu'il soit homo. Non cette annonce c'est pas moi qui l'ai rédigée, je suis pas capable, c'est le journal qui l'a rédigée. Moi je cherchais un ami pour aller aux champignons !" 

Francis E., 64 ans, 16 mentions à son casier judiciaire pour recels, vols,conduite sous l'empire de l'alcool, violences, jeune retraité manifestement un peu seul cherchait donc un ami "pour aller aux champignons".

De chalon, il fait passer une petite annonce dans un quotidien local, qui, si on le croit, met en forme un texte parlant de passer "des moments agréables".

Dans une autre ville du département, il se trouve que Bernard H., un homme qui semble du même âge, petit, rond, à l'occiput dégarni mais couronné de cheveux blancs bien peignés, mais au teint anémié, recherche une compagnie masculine, et pas seulement pour aller aux champi. Tout excité, il se fend d'une lettre pour entrer en contact. Manifestement le journal transmet, et voilà la connexion possible.

Francis invite Bernard à le rencontrer à Chalon, en avril 2016. Il va le chercher à la gare, ils prennent un bus et vont chez Francis, histoire de faire connaissance en passant un agréable moment devant la télé. Puis Bernard s'absente quelques minutes dans la salle de bain, lorsqu'il revient dans le salon il n'a plus ses papiers. 

Il appelle la police à son secours, et Francis est interpellé.

 

Francis commence pas dire en audition : "Lui, je l'ai jamais vu", puis "C'est vrai, j'ai passé une annonce, mais je lui ai rien pris". Ce matin en audience correctionnelle, il lance d'une voix forte avec une élocution en papier mâché : 

"J'ai pris ses papiers pour le punir. J'avais reçu une lettre avec des grossièretés et ça m'avait outré."

La présidente tente de mettre un peu de rationalité dans ce salmigondis :

"Et pourquoi vous l'invitiez, si vous saviez qu'il était homosexuel et que ça ne vous intéressait pas ?

- Je voulais le punir de sa lettre, tout simplement.

- Vous punissez les gens en commettant une infraction pénale, vous ?

- Je m'excuse devant la Cour, mais j'étais sous anxiolytique, je ne savais pas ce que je faisais exactement."

 

L'homme qui voulait aller aux champignons avec un camarade s'excuse devant "la Cour". On se dit que la justice a à juger parfois n'importe quoi, sauf que pour la victime c'est pas n'importe quoi : sa carte de porteur de pacemaker est perdue et on ne la lui refait pas, il veut la récupérer.

"J'ai pas écrit de grossièretés 

- Si, si, y en avait ! proteste l'ancien voleur-receleur occasionnel qui démarre sa retraite en parangon de vertu, défenseur d'une conformité sociale qu'il se découvre sur le tard.

- Il était courtois, continue la victime, mais il m'a volé mes papiers et ne me les a jamais rendus.

- Où sont les papiers, Monsieur E. ? demande la présidente. Où est sa carte de porteur de pacemaker ?

- J'ai tout jeté, Madame, à la poubelle."

Le procureur, d'une voix monocorde, dit apprendre de ce dossier qu'il faut être vigilant dans la rédaction des petites annonces et que l'expression "moments agréables" prête à confusion. Il requiert 4 mois de prison ferme contre Francis E., le tribunal le condamne à 3 mois. 300 euros de dommages et intérêts pour Bernard, ça fait cher les champignons.

 

Florence Saint-Arroman

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