Faits divers

TRIBUNAL de chalon - « Alcoolisé jusqu’à en être ivre dès ses 13 ans »

« A l’heure d’aujourd’hui je suis à nouveau SDF, ça ne serait pas judicieux de me mettre dehors. » Jean-Marc X. réclame ni plus ni moins son maintien en détention. Coupable de « violences habituelles » et de menaces de mort contre sa compagne, il a été interpellé vendredi dernier et incarcéré dimanche.

Le couple vit entre Tournus et Saint-Trivier de Courtes. Vendredi dernier en début de soirée, madame appelle au secours. Elle s’est réfugiée chez un voisin. Jean-Marc, 30 ans, avait bu toute la journée, et s’en était pris à elle alors qu’elle était devant la télé. Coups de poing, coups de pieds, cheveux arrachés, il prend même un couteau.

La situation n’est pas nouvelle : depuis 2015, témoigne la fille de madame, née en 93, elle va crescendo, avec des menaces de mort « si elle me quitte ».

La situation n’est donc pas nouvelle non plus pour les gendarmes : 6 interventions entre avril 2016 et mai 2017. A chaque fois, tout le monde était alcoolisé, victime comprise. Ce vendredi, Jean-Marc n’était même pas en état d’être entendu. 1,31 mg d’alcool par litre d’air expiré. La victime n’est pas venue à l’audience, elle ne se constitue pas partie civile.

 

Dans le box, le prévenu est calme, il est attentif à ce qui se joue. Il fait observer que durant sa formation de 9 mois, il ne buvait pas, ou pas autant : être occupé à travailler, ça fait du bien. Du reste il a réussi son CAP. Il l’a passé sous contrainte : un suivi mise à l’épreuve (pour vol) l’obligeait à se former.

Il avait aussi entrepris une cure de sevrage mais n’a pas tenu suffisamment longtemps : « C’était loin, je ne voyais personne, j’étais trop seul ».

 

« On ne peut admettre la violence, sous quelque forme que ce soit, mais monsieur X., quand il est dégrisé, tient un discours de rédemption. » Maître Julien Marceau plaide, et retrace le parcours de son client : « Monsieur X a grandi malheureusement dans un milieu désincarné. Il voyait son père battre sa mère. Je vous le dis pour que vous compreniez l’ambiance dans laquelle il a vécu : il s’est alcoolisé jusqu’à en être ivre dès ses 13 ans. Puis il a été SDF, jusqu’à ce qu’il rencontre enfin, au centre de Sevrey, madame G. C’est là qu’il a commencé à avoir une vie sociale, il avait grandi. 
Mais il n’a pas de repères suffisamment solides, et puis madame G. s’alcoolise aussi, tout le monde s’alcoolise : comment s’en sortir quand les soutiens eux-mêmes sont aussi dépendants de l’alcool ? Et puis madame G. veut le quitter et ça aggrave les choses. Il achète un cubi de rosé par jour, il consomme en permanence.
Monsieur X ne peut plus rester dans cette situation, il faut que la justice l’accompagne vers une cure longue et sérieuse, et lui permette de se réinsérer. Il a des capacités, il a réussi son CAP. Sans forcément l’infantiliser, conclut le jeune avocat, il faut l’accompagner. »

Jean-Marc demande lui-même à rester incarcéré : la prison c’est un toit, une structure avec des professionnels qui sont autant de personnes ressources et d’interlocuteurs, c’est un contenant aussi, c’est pas la rue, « et j’y ai un suivi médical ».

 

Décision du tribunal : 2 ans de prison dont 1 an assorti du sursis avec un suivi mise à l’épreuve de 2 ans. Interdiction de contact avec la victime, obligation de travailler et surtout, des soins. L’addiction à l’alcool est une plaie ouverte qui n’en finit pas de gangréner la vie, sur le plan personnel comme sur le plan public, social.

 

FSA

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