Faits divers

Trafic de stup, l’un charge l’autre, stupeur et tremblements dans le box à Chalon

Mercredi dernier, contrôle douanier sur l’A39, sur l’aire « du poulet de Bresse ». Une Toyota Yaris, 2 hommes à l’intérieur. Ils disent revenir d’Espagne et rentrer en Lituanie. Le chien des douaniers va marquer le plancher de la voiture : derrière le siège du passager, une cache sous la moquette, et 11 kg et 651 g d’herbe de cannabis en sachets planqués dedans.

Moment rare en audience de comparution immédiate pour trafic de stupéfiants, cet après-midi, un moment de flottement et de malaise : un prévenu a chargé l’autre en audition, et la présidente a lu ses propos. L’interprète russe des deux hommes, qui était là lors de la garde à vue, suspend sa traduction, perturbée par l’énormité de ce qui survient. La présidente Therme rappelle tout le monde à l’ordre : « La justice de notre pays n’est pas secrète, il est hors de question qu’une pièce du dossier ne soit pas traitée et examinée pendant l’audience. »

 Les deux hommes : Vytautas K, né en Lituanie, 58 ans, et Antanas B. Ce dernier conteste tout ce qui lui est reproché, avec constance et détermination. Il ira jusqu’à mimer sa bonne foi, le gros soupir de l’homme qui découvre qu’il y a 11 kg de drogue dans son dos, et qui l’ignorait. Il a les cheveux gris en coupe militaire et un visage martial, un peu dur. Son coéquipier est quasi chauve, plus rond, plus bonhomme, et contient sa nervosité comme il le peut. Il a fini par dire aux gendarmes que c’est bien Antanas qui est à l’origine du plan, et qu’ils devaient livrer le tout en Allemagne, mais qu’il craint pour sa vie et sa famille et que rien ne doit sortir de la pièce dans laquelle il est entendu. Voilà pourquoi, lorsque la présidente lit une partie de ses propos, l’interprète elle-même est saisie d’une crainte. La vice-procureur, madame Saenz-Cobo, enfonce le clou : « Il est terrorisé dans le box, comme il l’était en garde à vue. Il se signe plusieurs fois lorsqu’il parle aux gendarmes, c’est pas banal, ça. Et ensuite il refuse une deuxième confrontation avec Antanas B. Là il se décompose, il avait bien précisé que jamais il n’en ferait état à l’audience. »

Le fait est que dans le box, le bonhomme est inquiet, agité, et le martial est… martial. Le parquet requiert 30 mois de prison contre Vytautas K. et 36 mois contre Antanas B., s’appuyant aussi sur les fiches d’Europol qui signalent Antanas comme impliqué dans des enquêtes pour proxénétisme (anciennement), une histoire de trafic de drogue dure, et une production de cigarettes de contrebande

L’instruction est fort longue puisqu’Antanas B. nie tout, et que Vytautas K. revient sur ses déclarations, il revient même à ses premières déclarations : celle où il se chargeait lui-même. Et ce moment, de rare en matière de stup, devient surréaliste lors de la plaidoirie de Maître Grebot pour Vytautas :
« Je dois défendre chaque personne avec conviction, et en même temps je ne dois pas trahir ses intérêts. Monsieur K. se dénonce d’abord comme seul organisateur, il paraît alors serein. Puis il met l’autre en cause et à partir de là, il n’est plus serein, et il a peur, ‘je ne veux surtout pas qu’on en parle’, il pleure presque, c’est dans le procès verbal, et il refuse la confrontation. C’est vrai qu’il a participé activement, mais il demande à être condamné seul. Il m’est sympathique, car il veut protéger sa famille, mais il ne m’est pas sympathique du tout, parce qu’il livrait de la drogue en Allemagne. Je souhaiterais à la limite qu’il prenne seul, pour protéger sa famille. »

 

Décision du tribunal : Vytautas K. est condamné à 2 ans de prison. Interdiction du territoire français pendant 5 ans.

Antanas B. est condamné à 3 ans de prison, même interdiction du territoire.

Les deux hommes devront solidairement payer une amende douanière de 20 000 euros.
L’un est incarcéré à Dijon, l’autre à Varennes. Le martial grogne à l’annonce de la décision, il n’est pas content du tout.

 

FSA

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