Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON : « Mais quel âge avez-vous ? »

32 ans. Il comparaît libre devant la chambre des comparutions immédiates, devant une juge unique, la présidente Grosjean, pour conduite sans permis (3 fois), délit de fuite après accident, excès de vitesse, et vol (de voiture). Mais aussi bien ça aurait pu être l’histoire d'une mère qui rencontre des soucis éducatifs, peut être un peu perdue, qu'elle soit ignorante des fondamentaux ou qu'elle soit négligente. Peut-être est elle seule à élever ce fils déroutant, on ne saura pas.

Déroutant, Bastien. 32 ans, il vit chez sa mère et ne travaillait pas. Il avait raté son permis de conduire et n’avait pas les moyens de le repasser. La famille semble modeste. Aussi, avec sa mère, ils s’arrangent. C’est ainsi qu’en juillet 2016, Bastien-sans-permis prend la voiture de sa mère et part d’Epervans pour Chalon avec un copain pour acheter à manger et à boire, avec…la carte bleue de sa mère. Ce jour-là il perdra le contrôle de la voiture sur la route du retour (dégâts matériels), et prendra la fuite, à pied, laissant l’Opel corsa fermée à clé, les warning clignotants. Courage, fuyons.

« Une année passe, sans grands changements dans votre vie personnelle, pas davantage de travail et pas davantage de permis de conduire », poursuit la présidente. La maman, elle, a changé de véhicule, et c’est au volant d’une Peugeot que la police intercepte Bastien au volant, avenue de Verdun à Chalon il y a 7 semaines, « et là, vous racontez une histoire… ! Mais quel âge avez-vous ? »

Le cumul des infractions depuis 2016 conduit le jeune homme en garde à vue, et on décide, le 26 juillet, de le placer sous contrôle judiciaire jusqu’à son jugement. Interdiction de conduire, obligation de trouver un travail, de pointer régulièrement au commissariat. Et l’aurore se lève sur la vie de Bastien : moins de deux mois après, il travaille, il va bosser en vélo, et il prépare un CACES.

« C’est ça qui est dommage…vous avez un potentiel, en très peu de temps vous êtes au travail, mais… »

Mais il aura fallu un contrôle judiciaire, en guise de cadre éducatif. « Il suffit d’être au pied du mur », répond benoîtement Bastien, qui apprend sans le savoir que des (bons) cadres sont nécessaires pour grandir et vivre. 

Victoire éducative de la justice ? La présidente veut le croire. Maître Diry soulève un point de droit : peut-on décemment condamner son client pour « vol », alors que sa mère lui avait donné une clé de la voiture ? Il demande et obtient la relaxe sur ce point.

« Vous avez montré que vous pouviez vous réveiller, et j’ai envie de vous faire confiance », dit la présidente au prévenu. Elle le condamne à 5 mois de prison avec sursis, assortis d’un suivi mise à l’épreuve de 2 ans. Obligation de travailler et d’engager des soins sur la question de l’alcool.
Deux ans sous main de justice, soit 2 ans avec un cadre, le plus sévère qui soit puisqu’à la moindre infraction Bastien est susceptible d’être incarcéré, mais un cadre qui contient, et c’est ce dont il avait besoin.

 

Florence Saint-Arroman

 

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