Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON : « Monsieur, vous êtes incarcéré à l’audience »

28 ans, mais d’apparence plus jeune, il était venu de Louhans, convoqué pour répondre d’usage, transport, cession, acquisition et détention de cocaïne et d’héroïne de 2014 à avril 2017.

L’audience correctionnelle collégiale du vendredi matin s’est tenue jusqu’à plus de midi, puis les juges sont partis délibérer. Les lycéens qui y assistaient étaient repartis avec leur professeur, ne restaient que les prévenus, assez nombreux, et quelques avocats. Peu de temps avant le retour du tribunal, le hall du palais bruissait, les membres du parquet allaient et venaient, on sentait quelque chose d’inhabituel.

28 ans, mais d’apparence plus jeune, il était venu de Louhans, convoqué pour répondre d’usage, transport, cession, acquisition et détention de cocaïne et d’héroïne de 2014 à avril 2017. Anciennement accro aux drogues dures, le jeune homme a connu la plongée dans les cycles d’endettement pour sa consommation impérieuse, et de revente des mêmes drogues pour sortir de l’endettement, etc. Il a connu de nombreux jugements, et son casier restitue la photo crue de cette route infernale. On écrit « anciennement » parce qu’à la barre il soutient être sevré, et ne prendre que de la méthadone. Il n’a hélas pour lui aucun résultat d’analyse venant le soutenir.

Le parquet requiert 4 ans de prison ferme et un mandat de dépôt. A partir de cet instant, la copine du jeune homme n’est plus qu’une boule de nerfs qui pleure, agite ses jambes au point d’en faire trembler les bancs. Le tribunal passe à d’autres dossiers, les heures s’égrènent, puis arrive le moment de rendre les décisions.

Lorsque la présidente Therme appelle le jeune junkie ou ex-junkie à la barre, deux policiers en civil se sont placés au fond de la salle, le policier d’audience, lui, se rapproche du prévenu :
« Monsieur compte-tenu de votre casier, de l’absence de travail actuellement, et du fait que vous ne justifiez pas de votre sevrage, le tribunal vous condamne à 4 ans de prison et décerne mandat de dépôt. »
Le policier d’audience se tient alors au côté du jeune homme, les policiers en civil approchent à leur tour doucement et l’encadrent tout en restant un pas en arrière. Maître Carle-Lengagne, les bras croisés sur sa robe, est aussi près de son client.
« Cela signifie que vous êtes incarcéré à l’audience, dès maintenant, c’est la raison pour laquelle une escorte est présente. »
La présidente remplit la fiche à destination du service pénitentiaire. Le détenu maintient n’avoir besoin que de méthadone, ne consommer aucune drogue, il confirme son sevrage, et demande à voir en urgence un médecin et un psychiatre.

L’instant est solennel et son effet dramatique agit sur tous : il est arrivé libre, il ne l’est plus. Il n’est pas encore menotté mais sa condition a changé : il est détenu. Sa copine est effondrée. La salle est saisie également, un des avocats présents pour une autre affaire offre un visage grave.
Chaque personne impliquée veille sobrement à ce que la situation se déroule sans explosion, sans dérapage. Les policiers d’escorte ne menotteront le jeune homme qu’en sortant de la salle, il pourra passer une dernière fois sa main sur l’épaule de sa chérie.

Ce sont des moments rares en correctionnelle et toujours impressionnants, qui, en ce lieu où l’on décerne les mandats de dépôt essentiellement lors des comparutions immédiates, dans des salles le plus souvent vides ou presque, et finalement sans l’émotion qui pourrait s’y rattacher, rappellent à tous que perdre la liberté n’est pas rien.

FSA

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