Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 
Il vole des denrées alimentaires périmées... parce qu’il avait faim

« Ne pas voler, pour quelqu’un qui a faim c’est difficile. S’il vole, c’est pour se nourrir ». Cette affirmation a été faite par Me Julien Marceau, qui défendait ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Chalon Dylan, jugé dans le cadre d’une comparution immédiate pour deux vols commis au supermarché Atac à Buxy le 28 décembre 2017 puis le 1er janvier 2018.


On ne sait si le fait d’avoir un ventre qui crie famine a pour effet d’être plus enclin à dire la vérité, toujours est-il que Dylan ne s’est pas caché pour faire remarquer au Tribunal « Honnêtement, ce n’est pas la 1ère fois ». Et d’expliquer avec force détails à la présidente Catherine Grosjean comment il s’y était pris pour s’introduire et se servir dans la réserve du magasin buxynois. La première fois avec la complicité de deux mineurs et la seconde fois seul. Dérobant ainsi dans une poubelle des denrées alimentaires périmées mais encore consommables, telles que sandwichs ou pizzas.
S’il vole pour manger, c’est que le prévenu, âgé de 23 ans, vit la  galère de ceux qui vivent dans la rue. Il a ainsi raconté aux enquêteurs qu’il marchait toute la nuit quand il avait trop froid. Mis à la porte du domicile familial à l’âge de 17 ans, il a quand même réussi à obtenir un bac pro systèmes électroniques numériques et aurait continué des études sans cette vie d’errance. Qui plus est, de 2012 à 2016 il a fumé du cannabis.


Des inquiétudes de la part du ministère public...


« On peut être inquiet du cas de Monsieur » a confié le vice-procureur Charles Prost. « Il a volé la Banque Alimentaire, qui pourtant vient en aide à des gens comme lui. Il ne respecte rien, ni personne. Il n’a pas respecté la confiance du Tribunal qui lors d’une précédente condamnation ne lui avait infligé qu’une contrainte pénale » a poursuivi le magistrat du parquet. Avant de requérir 3 mois de prison et la révocation d’un sursis en date du 21 avril 2016 à hauteur de 2 mois, le vice-procureur Prost a aussi mis en exergue « le mauvais exemple » donné aux deux jeunes mineurs, entrainés dans la délinquance.


... mais aussi de la part de la défense


Ce qui a fait réagir violemment son conseil. « Moi je suis inquiet parce qu’un gamin de 23 ans vit dans les rues de Chalon en short en plein hiver ». Et Me Marceau d’ajouter « Les fautes que l’on reproche à mon client peuvent s’opposer aux fautes morales du gérant du magasin et des deux mineurs. La faute morale du gérant du magasin, pour ne pas dire la méchanceté, c’est de refuser qu’il se serve dans la poubelle. La faute morale des deux jeunes, c’est de ne pas dire : « Tu n’as pas mangé, attends, je vais aller chercher quelque chose chez moi ».  L’avocat chalonnais a aussi estimé « Le mettre en prison, ce n’est pas la meilleure des solutions, même s’il mangera à sa faim et qu’il aura un toit. Mon client, c’est sans doute celui qui a le plus de moralité dans ce dossier ». Me Marceau a terminé sa plaidoirie très combattive  en dénonçant « l’état français qui ne peut pas nourrir sa jeunesse ».
Finalement le Tribunal a tenu compte des arguments de la défense en ne condamnant Dylan qu’à 3 mois de prison avec sursis assorti d’un travail d’intérêt général de 210 heures à accomplir dans un délai de 18 mois avec obligation de se soigner et de trouver un travail.  Mais attention, comme n’a pas manqué de le signaler la présidente Catherine Grosjean, c’est son « ultime chance ».

Gabriel-Henri THEULOT

 

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