Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON  : Suite au rodéo de lundi en salle d’audience, l’outrage à magistrat n’est pas retenu

« Putain mais vous ne comprenez pas ? Il n’y est pour rien ! » Ce lundi, en audience de comparution immédiate, Amélie X., 25 ans, a décidé, parce qu’elle soutient que ce n’est pas son compagnon qui lui a abîmé le visage à coups de poing et qu’on allait le juger, d’une stratégie inhabituelle (et très risquée) : elle s’est chauffée au whisky (un triple puis un double puis un simple), et a fait un esclandre en salle d’audience, tant et si bien que sa création lui a échappé et qu’elle a fini par perdre totalement les pédales. Placée sous contrôle judiciaire au sortir de sa garde à vue, elle a été jugée ce jeudi 8 février pour rébellion et violence sur une personne chargée de mission de service public.

Voir cette jeune femme sous ces deux jours (alcoolisée et ensuite sobre), c’est entendre à nouveau son compagnon qui lundi disait d’elle qu’elle est une « personne formidable », mais que l’alcool la mène à des crises violentes, qu’elles soient de jalousie, ou de provocation d’un tribunal. « Rassurez-moi, aujourd’hui vous n’avez rien bu ? » lui demande la présidente Aussavy alors que deux policiers prennent place au fond de la salle, des fois que... Lundi, il n’y avait aucun policier au TGI. Le prévenu comparaissait libre, devant une unique juge. Le jeune homme n’est pas considéré comme dangereux d’une manière générale. Amélie a fait la démonstration de ce dont elle est capable pendant un bon moment, face à l’agent de sécurité qui, tout seul, essayait de la maîtriser sans la blesser. « Il voulait vous protéger de vos propres actes, tout en se protégeant lui-même », insistera maître Marceau. Il y est parvenu grâce au renfort du substitut Fenogli, mais il a récupéré sa paire de lunettes brisée. « Vous faites des sports de combat ? – Non. – On dit que vous avez beaucoup de force. » On peut lire ici http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2018/02/06/35628/tribunal-de-chalon-alcool-et-violences-familiales-ne-font-pas-bon-menage/ le récit de la scène. 

Embarquée au commissariat « dans un état d’excitation extrêmement important », elle a été hospitalisée. Semaine de chien (comme on dirait « temps de chien ») pour la jeune femme qui regrette la violence dirigée contre Hervé, l’agent de sécurité, mais sur le reste, ne regrette rien. Mathilde Leray dira que sa cliente est allée à la rencontre de l’agent de sécurité, avant l’audience, et qu’elle s’est excusée. Elle avait, lundi, décidé de taper un scandale, mais elle a perdu le contrôle de ses nerfs en passant en surchauffe, pour « protéger » son compagnon. Si c’est pas de l’amour, qu’est-ce que c’est ? ça peut être beaucoup de choses en réalité mais on ne saura rien de son enfance, de ce qui peut éclairer son recours à des moyens désespérés et désespérants. On se dit qu’elle en a vu d’autres, forcément, pour être à la fois si fragile et si forte. Elle a le cœur en croix depuis lundi, depuis que son chéri a été condamné pour violences conjugales et qu’il a l’interdiction de tout contact avec elle pendant 2 ans, « on la sent triste » dit maître Leray, son avocate. 

« D’une certaine façon, c’est réussi, dit la présidente Aussavy à la prévenue, car ça a fait descendre sa peine, mais d’un autre côté, aujourd’hui, c’est vous qui êtes là. – Je ne voulais pas qu’il finisse en prison. J’ai essayé d’expliquer aux gendarmes, mais ils croyaient que je voulais le protéger. J’ai un mal être au fond de moi mais je ne suis pas folle. – Il faudra que votre passage au tribunal vous fasse réfléchir, car il y aura d’autres situations de vie où vous serez frustrée, et si vous réagissez toujours comme ça… »

Maître Marceau intervient pro bono pour l’agent de sécurité qui demande la somme non prise en charge par la mutuelle pour le remplacement de ses lunettes et 1 euro symbolique. Maître Leray tient à dire que « cet agent de sécurité est extrêmement bienveillant avec tout le monde », et ne discute en rien ses demandes légitimes. Amélie qui lundi n’était qu’un hurlement sur deux pattes est redevenue ce qu’elle est, une toute jeune femme quasi inaudible à la barre, et qui essuie des larmes. « On a du mal à se représenter la violence de la scène de lundi quand on la voit aujourd’hui, confirme la substitut du procureur Caroline Locks. Mais elle a fait un scandale dans une enceinte de justice et exercé des violences sur une personne chargée de mission de service public. » Elle requiert 6 mois de prison intégralement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligations de soins, d’indemniser la victime et de travailler. 

« La peine que vous proposez, on l’avait envisagée, plaide maître Leray. Madame est prête à suivre des soins, mais 6 mois au-dessus de la tête c’est énorme, car elle n’a pas de casier. Pour les soins, il lui faudra trouver le bon interlocuteur, car elle a besoin de faire confiance (ce qui ne va pas de soi, ndla). » 

Le tribunal condamne Amélie X. à 6 mois de prison intégralement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de soins psychologiques mais aussi par rapport à l’alcool. Elle devra indemniser la victime à hauteur de 590 euros plus 1 euro symbolique en guise de dommages et intérêts. « Si vous respectez le contrat, vous n’irez pas en prison. »

Deux ans… Deux ans pour lui, lundi, deux ans pour elle, ce jeudi. Deux ans sans se voir. Deux ans sous main de justice, des entretiens réguliers avec des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation pour étayer des constructions défaillantes à certains endroits. Deux ans pour construire, autrement. Deux ans, tout un monde, et pourtant, deux ans, ce n’est rien à l’échelle d’une vie.

Drôle d’histoire, tout de même. « Une configuration inhabituelle » disait la substitut du procureur, et peut-être qui sait, une chance, malgré le maelström qui a emporté ce couple, une chance de poser des briques aux bons endroits et d’offrir, séparément pour l’instant et qui sait pour plus tard, une vie de meilleure santé à chacun, leur fille comprise. Les promesses de vie ne sont que reportées, il est l’heure de prendre chacun une truelle et d’y travailler au lieu de subir. Semaine de chien tout de même. 

FSA

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