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Info-Chalon.com a lu pour vous : « Menace sur le vin » de Valery de Laramée de Tannenberg et Yves Meers

La planète se réchauffe et si nous avons arrêté de regarder ailleurs, le doute n'est plus permis. En trente ans, le vin a gagné un degré d'alcool par décennie. « Demain sera un autre vin » clament les auteurs, tous deux journalistes spécialisés en environnement. Quels cépages, sous quels climats, pour quel goût ?

Pinot noir et chardonnay, chers aux Bourguignons, résisteront-ils à ce réchauffement qui s'annonce inéluctable ? Car si même une prise de conscience enfin générale pourra limiter le phénomène, ce dernier est bel et bien enclenché. Certains professionnels l'anticipent, d'autres pas. « Les enjeux socio-économiques sont énormes et c'est tout un secteur qui doit évoluer ». L'Allemagne se réjouit, la Californie et l'Espagne dépriment à juste titre. Jusqu'à maintenant, les effets du réchauffement climatique sur la vigne ont été bénéfiques au Bordelais et au Bourgogne et même au Beaujolais. Mais au milieu du siècle, ou à la fin de celui-ci, la donne aura changé.

C'est un tour d'horizon complet auquel se livrent les deux auteurs. Leurs investigations ne se limitent pas à la France. En Argentine, au Chili, en Italie, en Grèce, ils sont allés voir comment les viticulteurs s'adaptent aux changements annoncés. Du changement de cépages à l'irrigation, des méthodes bio et biodynamiques qui résistent mieux, une nouvelle méthode pour couper la vigne qui protège davantage les grappes, une nouvelle orientation des rangs, parfois carrément au nord, de nombreuses solutions existent pour limiter les effets premiers du réchauffement. Mais, à terme sans jouer les Cassandre qui se nichent dans des rapports internationaux alarmistes, si des alternatives existent, elles ne permettront pas d'éradiquer le problème , mais au mieux de s'y adapter. Avec des dégâts au passage.

« La concurrence entre régions viticoles sera exacerbée à tous les niveaux » prédisent les auteurs. Seule la biodiversité de la vigne reste une solution : 315 cépages sont exploités en France, mais 74% du vignoble français en comporte dix. Difficile toutefois de planter de nouveaux ceps à tout va : « le mélange des cépages permet de tester les résistances, mais il est irréalisable en Bourgogne où le monocépage est obligatoire sous peine de perdre l'appellation. » Chez nous donc, « le pinot noir pourrait laisser la place au merlot, au cabernet franc ou à la syrah. Hérésie ? Tout le problème est là. Autrefois, le gamay a bien précédé le pinot noir. Les terroirs sont ils condamnés pour autant ? » Résister, s'adapter ou disparaître : voilà le défi que le changement climatique lance à la vigne et à ses professionnels. Ce court ouvrage extrêmement documenté, qui multiplie les références et surtout les expériences, permet à tout amoureux du vin d'avoir une vue précise de la situation. Le vin de Bourgogne de demain n'aura pas le même goût qu'aujourd'hui mais il est encore temps de préserver, en la faisant évoluer, son identité.

 

Florence Genestier

 

« Menace sur le vin, les défis du changement climatique », collection « Dans le vif » chez Buchet-Chastel, 12 €.

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