Saône Doubs Bresse

A Verdun-sur-le-Doubs, les anciennes halles seront dès jeudi l’écrin de la 11ème édition de Conflu’Art, évènement entièrement dédié à l’art contemporain

Avant que ne débute la 11ème édition de Conflu’Art le 17 août prochain, votre serviteur d’info-chalon.com a rencontré celle qui à l’origine de cet événement dédié à l’art contemporain : Mireille Fouchécourt. Le retour d’info-chalon.com.

C’est toujours un plaisir, pour votre serviteur d’info-chalon.com, de discuter avec Mireille Fouchécourt, l’incontournable et énergique présidente de l’Office de Tourisme Saône Doubs Bresse, mais aussi, et surtout, le démiurge d’un monde advenant chaque année à la même date : celui de « Conflu’Art ». C’est toujours un plaisir parce que, loin d’avoir tout le temps devant elle, cette femme très occupée sait le prendre pour l’accorder sans retenue à son interlocuteur. C’est toujours un plaisir, aussi, parce qu’avec elle, ce qui n’est au départ qu’une discussion devient vite une conversation, presqu’au sens pâtissier de ce dernier terme. Une conversation que l’on déguste avec gourmandise, comme on le ferait avec une de ces tartelettes en pâte feuilletée, garnies de crème d’amande et recouvertes de glace royale et de bandelettes de pâte posées en croisillons.

Volonté, j’écris ton nom

De la conversation, Mireille Fouchécourt en a, assurément. Comme toutes celles et ceux qui vivent intensément chaque moment comme si celui-ci devait être le dernier. Car, contrairement à ceux qui se retrouvent un jour sur le divan d’un psy pour regretter d’être passé à côté de leur existence, Mireille Fouchécourt ne s’est pas longtemps demandé si elle devait croquer la vie à pleines dents. Elle l’a fait. Tout simplement. Il faut dire qu’en ayant la chance, dès son plus jeune âge, de côtoyer le peintre expressionniste Bernard Buffet et l’écrivain Jean Giono, tous deux amis de sa mère, elle n’avait pas vraiment d’excuses pour ne pas le faire, même si tout ce qu’elle a fait, elle l’a fait en passant outre la volonté de ses parents, du moins sans recueillir préalablement leur plein assentiment. Sans prendre les armes, sans entrer en révolution. Mais plutôt, sans doute parce qu’elle connaît le (bon) mot de Marcel Proust selon lequel « On peut tout ce qui ne dépend que de notre volonté », avec l’obstination et la détermination de la femme à poigne qu’elle demeure, qui sait ce qu’elle veut et, le sachant et le voulant, n’est pas du genre à renoncer à l’obtenir dès que se dresse un obstacle.

Car Mireille Fouchécourt est indéniablement une femme qui, non seulement sait ce qu’elle veut, mais n’est pas du genre à « lâcher l’affaire », comme le préconisait dans le plus connu de ses titres le groupe de hip-hop américain Public Enemy : « Give it up ! ». Un trait de caractère que votre serviteur d’info-chalon.com a (re)saisi au vol à la terrasse de la Capitainerie du Confluent qui, à Verdun-sur-le-Doubs, jouxte les locaux de l’Office de Tourisme Saône Doubs Bresse : « Des fois, on cherche à me faire plaisir, sans doute pour se débarrasser de moi. Je ne veux pas qu’on me fasse plaisir. Ce que je fais, je le fais parce que j’ai de l’ambition pour ce territoire. Et je ne m’engage que sur des choses que je sais réalisables ». Un trait de caractère mais surtout une force, qui lui a permis, entre autres choses, d’enraciner sur le long terme, dans un lieu qui n’était pas forcément appelé à en devenir l’écrin, ce qui est plus qu’une exposition d’arts contemporains très courue : ce « confluent des arts » qu’elle a appelé « Conflu’Art ». 

Une exposition pour rendre accessible à tout un chacun le meilleur de l’art contemporain

Car, pour faire naître et grandir ce qui est son « bébé », Mireille Fouchécourt, même si elle a pu compter et peut encore compter sur de nombreux appuis, a dû déployer des trésors d’énergie. Il faut dire que l’art contemporain, souvent déstabilisant pour celui qui s’y retrouve plus ou moins brutalement confronté, dérange et s’attire des commentaires acerbes, voire narquois. Du moins lorsque l’on n’y a pas eu accès pour x raisons : parce que cela ne fait pas partie de notre culture familiale ; parce que les programmes scolaires ne lui accordent qu’une faible place ; parce que les galeries qui l’exposent se trouvent surtout dans les grands villes.

Cette inaccessibilité, c’est précisément ce à quoi la présidente de l’Office a voulu remédier, en faisant venir à ceux qui n’allaient pas vers elles, souvent parce qu’ils ne se doutaient tout simplement pas de leur existence, des œuvres de cet art, réalisées par des artistes que la sensibilité aguerrie de Mireille Fouchécourt sait repérer au sein d’une population dans laquelle tentent malheureusement encore de s’insinuer ce que votre serviteur d’info-chalon.com qualifieraient sans détour d’escrocs, de crapules ou de charlatans, moins préoccupés par l’envie de réveiller les consciences, les indisposer pour les contraindre à réfléchir et s’interroger, que par des considérations beaucoup moins avouables…

Trier le bon grain de l’ivraie, Mireille Fouchécourt sait faire. Il suffit de fréquenter Conflu’Art pour s’en convaincre. Que les œuvres exposées vous plaisent ou non, esthétiquement parlant, ces dernières ne vous laissent jamais indifférents. Même si ce qui pour votre sensibilité personnelle pourrait s’avérer n’être qu’un objet d’une effroyable laideur – une impression assez rare, pour ne pas dire rarissime à Conflu’Art –, celui-ci sera avant toute autre chose « effroyable », c’est-à-dire, en un sens, de nature à vous affecter et à vous faire… ruminer, une faculté à propos de laquelle le philosophe Nietzsche, grand amateur d’art devant cet Eternel dont il avait fait annoncer la mort par une espèce d’anachorète allumé dans Ainsi parlait Zarathoustra, ne tarissait pas d’éloges.

Comment réussit-elle ce prodige ? Pour tenter de le déterminer, les explications, plus ou moins plausibles ne manquent sans doute pas. Pour sa part, votre serviteur d’info-chalon.com serait tenté d’avancer que si Mireille Fouchécourt sait assurément trier le bon grain de l’ivraie, elle le doit sans doute en grande partie à son détour par… la case Afrique, où elle a longtemps prodigué ses talents de gymnastes et de danseuse, dans le cadre de l’école privée qu’elle avait fondée là-bas. Pourquoi serait-t-il tenté d’avancer cela ? En raison d’une confidence, qui a fait s’orienter la conversation sur un auteur qu’elle et lui apprécient particulièrement, à savoir ce magicien de la langue française qu’est François Rabelais, à qui l’on doit l’expression de « substantifique moelle » : « Quand j’étais en Afrique, j’ai remarqué que les artistes allaient à l’essentiel, souvent par l’entremise de formes très épurées. Peut-être parce qu’eux-mêmes n’étaient pas cernés de superflu comme nous le sommes.  Une façon de faire qui leur permet de voir juste, ce qui est très émouvant d’ailleurs. Je crois que cela m’a beaucoup influencée. »

Une explication un peu tirée par les cheveux ? En tout cas, à Conflu’Art, chaque année, les œuvres exposées de façon totalement libres par les artistes ne sont pas surchargées, comme certaines peuvent l’être ad nauseam. Comme l’écriture de Guy Maupassant, elles se révèlent souvent dépouillées de toute fioriture. A la manière de l’art consistant à caricaturer, elles ne conservent que les traits saillants, structurants. Mais, à la différence de celui-ci, ce n’est pas forcément pour les grossir, les exacerber, les déformer outrageusement. Et le plus sûr moyen de vérifier cette dernière assertion est certainement de vous y rendre, pour flâner autour des sculptures, des photographies, des céramiques et des toiles que Mireille Fouchécourt a souhaité vous faire découvrir cette année.

 

Samuel Bon

Infos pratiques :

Lieu : anciennes halles de Verdun-sur-le-Doubs (salle des fêtes)

Dates : du 17 au 31 août

Entrée libre

 

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