Société

La répartition des tâches domestiques au sein du couple : « c’est quand même mieux que si c’était pire, mais c’est encore pas ça qu’y est ça… »

L’INSEE a publié le 29 octobre dernier, les résultats d’une enquête (1) réalisée en 2010, concernant l’évolution de la répartition des tâches domestiques et parentales entre hommes et femmes sur les 25 dernières années. Si ces derniers attestent a priori d’une amélioration continue en la matière, il ne faudrait toutefois pas trop vite penser que la marche vers l’égalité totale entre les femmes et les hommes est inexorablement à l’œuvre. En effet, une analyse un peu plus poussée de ces résultats, à laquelle l’INSEE semble avoir renoncé puisque l’étude en question reste relativement descriptive, n’est pas sans soulever un certain nombre de lièvres, ni révéler une certaine tendance des hommes à reconquérir le terrain perdu durant ces dernières décennies, plus particulièrement lorsque, pour parler comme Françoise Dolto, « l’enfant paraît » [2]. Les explications d’Info-Chalon.

L’INSEE a publié le 29 octobre dernier, les résultats d’une enquête (1) réalisée en 2010, concernant l’évolution de la répartition des tâches domestiques et parentales entre hommes et femmes sur les 25 dernières années. Si ces derniers attestent a priori d’une amélioration continue en la matière, il ne faudrait toutefois pas trop vite penser que la marche vers l’égalité totale entre les femmes et les hommes est inexorablement à l’œuvre. En effet, une analyse un peu plus poussée de ces résultats, à laquelle l’INSEE semble avoir renoncé puisque l’étude en question reste relativement descriptive, n’est pas sans soulever un certain nombre de lièvres, ni révéler une certaine tendance des hommes à reconquérir le terrain perdu durant ces dernières décennies, plus particulièrement lorsque, pour parler comme Françoise Dolto, « l’enfant paraît » [2]. Les explications d’Info-Chalon.

A priori, une répartition encore inégale mais de plus en plus satisfaisante pour les femmes 

« En 25 ans, moins de tâches domestiques pour les femmes, l’écart de situation avec les hommes se réduit ». A s’en tenir au titre de l’étude de l’Insee du 29 octobre dernier, tout n’est pas encore parfait, mais ça va de mieux en mieux pour les femmes. Et une fois parcourues les 15 pages de celle-ci, les raisons ne manquent effectivement pas d’abonder en ce sens. Exemples. 

Désormais, le temps consacré par les hommes et les femmes à leur travail professionnel ainsi qu’aux tâches domestiques et parentales est quasiment équivalent, même si, précise tout de même l’étude, leur répartition demeure très inégale, la grande majorité des femmes accomplissant encore aujourd’hui plus de tâches domestiques et parentales que leurs conjoints, tandis que les hommes en faisant davantage que leur conjointe en la matière ne représentent qu’un peu plus d’un quart d’entre eux (27 %). Et s’il est vrai qu’elles en font encore toujours plus que les hommes, les femmes consacrent tout de même moins de temps qu’auparavant aux tâches domestiques. En effet, pour ce qui concerne les tâches domestiques relevées (ménage, cuisine, linge et courses), les femmes y passent en moyenne 4 heures par jour en 2010, soit une heure de moins qu’il y a 25 ans, heure désormais dévolue au temps libre pour moitié, puis répartie entre temps de travail et temps « physiologique » (dormir, manger, se laver). Et même si cela résulte principalement d’un meilleur équipement en électroménager (micro-ondes par exemple) ou d’un recours plus fréquent à des services extérieurs (service d’aide, livraison à domicile, etc.), et, surtout, du fait qu’elles-mêmes ont une activité professionnelle, leur fardeau domestique est globalement moindre.  

Par ailleurs, au niveau du temps consacré aux enfants, non seulement celui-ci a augmenté en 25 ans - une attention particulière envers les enfants demeure essentielle -, mais il s’avère en outre relativement bien réparti entre hommes et femmes, à ceci près, toutefois, que les hommes privilégient les temps récréatifs, alors que les femmes assument principalement les temps scolaires, les soins, et les temps passés à accompagner les enfants à l’école ou à la crèche. 

Autrement dit, si la répartition des tâches domestiques entre hommes et femmes demeure inégale, au détriment des femmes, elle l’est de moins en moins, ce qui est plutôt positif. Du moins si l’on ne regrette pas le temps où la femme était corvéable à merci. 

En réalité, plutôt la continuité dans le changement… 

Sauf que, si l’on y regarde d’un petit peu plus près, tout ne va pas encore pour le mieux dans le meilleur des mondes, au contraire. Et, au lieu de se réjouir trop vite, les femmes devraient sans doute demeurer vigilantes, les hommes ne se montrant guère soucieux d’égalité ou de justice lorsqu’il s’agit de tâches domestiques. 

Car, les hommes, dans leur globalité – ce n’est pas exclusif, fort heureusement ! -, ne se démarquent nullement par leur propension à vouloir diminuer l’écart de temps consacré aux tâches domestiques pouvant exister entre eux et leurs conjointes. En 25 ans, nous dit l’Insee, la durée moyenne de travail professionnel s’est écourtée pour les hommes, sous l’effet de la montée du chômage et du passage aux 35 heures. Ce temps, qu’ils auraient pu consacrer aux tâches domestiques, pour, par exemple, soulager leurs femmes qui, tendanciellement, en font beaucoup plus qu’eux en ce domaine, ils l’ont employé autrement : « ce temps de travail en moins correspond pour l’essentiel à du temps libre en plus », nous dit l’Insee. Pour aller plus loin : « Non seulement la durée moyenne consacrée aux tâches domestiques n’a pas varié, mais sa répartition au sein de la journée non plus, que ce soit au cours des jours de semaine ou du weekend ».  Autrement dit, si les femmes consacrent moins de temps aux tâches domestiques depuis 25 ans et si hommes et femmes tendent de plus en plus à y consacrer un volume horaire relativement similaire, ce n’est pas en raison de la bonne volonté des hommes qui, globalement, n’ont rien fait pour cela, voire s’en fichent éperdument. 

Non seulement les hommes ne se montrent pas très enclin à en faire plus quand ils en ont l’opportunité mais, ils ont, semble-t-il, encore beaucoup de mal à accomplir certaines tâches domestiques lorsqu’elles ne sont pas socialement valorisées ou valorisantes et ne dédaignent nullement de préférer les réserver leurs conjointes si l’opportunité leur en est laissée. C’est-à-dire ? Il y a un point commun entre les femmes et les hommes : les tâches domestiques sont principalement ressenties comme étant des corvées, la plus pénible de toutes étant le repassage, suivie de près par le ménage et la vaisselle, les courses et la cuisine étant moins méprisées. Mais si hommes et femmes s’accordent sur ce rejet desdites tâches, on notera que plus la tâche est considérée comme une corvée, et plus l’écart de participation entre hommes et femmes se creuse, ces messieurs s’efforçant de préempter les moins contraignantes et les moins répétitives de ces corvées [3] auxquelles ils peuvent de moins en moins couper de nos jours, en raison d’une évolution des mentalités. Une pilule qu’ils parviennent à faire passer en consacrant (ostensiblement) plus de temps à leurs enfants, tâche très valorisante pour un homme de nos jours, le père s’occupant (enfin) de sa progéniture étant vu comme un « nouveau père », c’est-à-dire comme un « mec bien » et moderne [4], pour lequel on s’inquiète même [5] de savoir s’il n’en fait pas trop le pauvre et s’il ne risque pas de se substituer aux femmes qui, c’est bien connu, savent quand même mieux que quiconque s’occuper des enfants [6], en raison du fameux instinct maternel, un savoir-faire inné, une sorte de super pouvoir de la super maman, alors qu’en fait elles apprennent elles aussi à devenir mères en s’investissant pleinement dans ce rôle … 

A ce propos, pour échapper aux corvées abhorrées, et les laisser aux femmes, les enfants tombent vraiment bien. Mais attention, si, en ce domaine, ces messieurs se jettent sur le récréatif, ils laissent bien leurs femmes s’occuper du rébarbatif (soins, accompagnement des enfants chez l’assistante maternelle, à la crèche ou à l’école, etc.). 

Dans tous les cas, avec l’arrivée d’un enfant dans son couple, l’homme semble bien faire coup double, ou du moins gagne-t-il à tous les coups : tout en en faisant pas plus qu’avant, il réussit à se débarrasser de corvées au profit de tâches socialement moins ingrates, reconquérant ainsi le terrain perdu lorsque le (ou les) enfant(s) n’étai(en)t pas encore là. Une tendance assez remarquable que laisse d’ailleurs à entrevoir l’auteure de l’étude, même si elle ne s’y arrête pas, quand elle écrit que « l’inégalité du partage des tâches domestiques ne cesse de s’accentuer avec le nombre d’enfants dans le ménage, en particulier s’il y a un enfant de moins de trois ans »

En définitive, « c’est quand même mieux que si c’était pire », mais, comme on dit de par chez nous, « c’est encore pas ça qu’y est ça… » Et il y a fort à parier qu’il ne faudrait pas trop insister pour que ces messieurs reprennent leurs bonnes vieilles habitudes, qu’ils ont mis des décennies à perdre, un peu contraints et forcés par la contestation féministe et l’évolution des mentalités qu’elle a provoquée.

 

J.R.

  

[1] Pour retrouver l’étude de l’Insee dans son intégralité :

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&id=3600

 

[2] Françoise Dolto, Lorsque l’enfant paraît, 1976, plusieurs rééditions.

 

[3] Sur ce point, lire les ouvrages de Jean-Claude Kauffman dans lesquels celui-ci traque les petits gestes du quotidien, les calculs mesquins, avant de livrer un diagnostic sans complaisance sur le partage encore honteusement déséquilibré des tâches ménagères.

 

[4] http://www.slate.fr/story/88063/les-nouveaux-peres-ne-sont-pas-des-gens-fabuleux

 

[5] http://www.psychologies.com/Famille/Education/Autorite-Transmission/Articles-et-Dossiers/Parents-aimer-et-punir/Les-nouveaux-peres-sont-ils-trop-meres

 

[6] Lire, sur l’amour maternel, qui serait inné et naturel chez les femmes, le lumineux essai d’Elizabeth Badinter, qui taille en pièces cette idée reçue et démontre qu’elle est non seulement assez récente mais aussi due à quelques idéologues zélés : Elizabeth Badinter, L’amour en plus. Histoire de l’amour maternel (XVIIème – XXème siècle), Flammarion, 1980.

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