Chalon sur Saône

Béatification de la chanson française avec un Grégoire sûr de son fait à Chalon sur Saône

Béatification de la chanson française avec un Grégoire sûr de son fait à Chalon sur Saône

Chanteur engagé, Grégoire ne transige pas le moins du monde avec son intime conviction, qu’il a solidement chevillée au corps. Jeudi soir en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône l’artiste est tombé à bras raccourcis sur l’immobilisme et l’injustice entre autres, et a magnifié l’amour dans toute l’acception du terme. Un état de grâce pour public averti.

Comme d’excellents moments vécus avec des proches

Arc-bouté sur son synthé, assis les jambes croisées en bord de scène, ou debout le mouvement rageur, l’auteur-compositeur-interprète aura en compagnie de ses cinq musiciens, fait entrer en religion une assistance littéralement sous le charme. L’ébauche du corps-à-corps s’effectuait avec « Les Roses de mon silence », titre de son dernier album en date sorti à la mi-septembre 2013, où ont fleuri hier notamment « Si tu me voyais », « Capricieuse », « Dis-moi », « C’est pas l’enfer ». Des textes, avec également d’autres chansons comme « Danse » ou « Le même soleil », qui attestent grandement que la noblesse de l’âme n’est pas un vain mot, et que le romantisme, avec lui, n’est pas une vue de l’esprit. Ce chantre du mot juste et de la formulation touchante a l’art et la manière d’enrober ses textes d’autant de paquets-cadeaux. Sa soif d’absolu et sa quête d’idéal, de donation à bon escient, jamais ne se carapatent vers l’extinction des feux. Seuls ont droit de cité à ses yeux le vrai, l’authentique. Ce n’est qu’à cette condition que les grosses bouffées d’émotion jailliront… »Je suis très content de partager avec vous ce voyage dans ma tête », a-t-il indiqué, avant d’inviter à fixer son regard sur des vidéos projetées au fond de la scène, soit « un peu d’évasion dans ce que je considère comme les plus beaux endroits du Monde.» Mais les clichés paradisiaques ou d’une indéniable attractivité ont par ailleurs tapé dans le dur.

De l’entrepreneur et inventeur américain Steve Jobs à Martin Luther King, en passant par la déclaration osée de Daniel Balavoine devant le président Mitterrand, les sept moines de Tibhirine, un extrait du violoncelliste Rostropovitch, le poème d’Aragon « L’affiche rouge », l’aparté entre de gaulle et Jean Moulin, le poème de Victor Hugo, père meurtri par la disparition de sa fille Léopoldine, un vent de liberté, de rébellion, et de fatalisme implacable, a soufflé à décorner les bœufs. Alternativement tendre, déclamateur de choses d’une sacrée joliesse, volontiers disert sur l’absence de communication menant droit dans le mur pour un couple, ainsi que des postures féminines, Grégoire a surfé sur ses thèmes selon une arythmie dûment calculée.

Si la parole a été d’or, la musicalité a parfois forcé le passage pour pénétrer au plus profond des tripes, ses musiciens ayant alors toute latitude pour se mettre à l’unisson de la portée affective des chansons. Visiblement heureux de donner sans cesse et d’engranger des retours approbateurs, le chanteur a profité sur la fin de son tube de 2008  « Toi + moi » pour fendre la foule en long, en large et en travers, et même accéder au balcon jusqu’au bout, manière élégante de saluer et remercier des fans qui n’en croyaient pas leurs yeux ! Ce n’est qu’à l’issue de deux rappels (avec en particulier la reprise du «Je l’aime à mourir » de Francis Cabrel) que Grégoire devait se décider à prendre congé de ses convives, après un concert qui laissera des traces indélébiles dans la conscience de celles et ceux ayant eu la chance d’en être.

                                                                                                         Michel Poiriault