Chalon sur Saône
Devoir de mémoire : sur les traces de deux enfants déportés scolarisés à l'école Vivant Denon
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 11 Mars 2022 à 06h00




Ils s'appelaient Ghislaine, six ans, et Hubert, neuf ans, fréquentaient l'école Vivant Denon, qui s'appelait encore l'école du Centre. Les enfants Epsztein sont morts à Auschwitz le 12 mars 1944. 78 ans plus tard, la Ville de Chalon-sur-Saône commémorait leur souvenir. «Ne les oublions jamais!». Retour en images et plus de détails avec Info Chalon.
Christian Villeboeuf et les apprentis journalistes de l'hebdomadaire de l'école Vivant Denon, Le p'tit Canard, ont été à l'origine de la redécouverte d'une plaque commémorative dédiée, des années auparavant, à deux anciens élèves de l'école : les enfants Epsztein.
Cette dernière reposait depuis de nombreuses années, au fond d'une armoire suite à des travaux de démolition pour agrandir l'établissement.
En 2018, est déposée une plaque commémorative à l'école Vivant Denon, en mémoire de deux de ses anciens élèves, Hubert et Ghislaine Epsztein morts en déportation.
Lors de ce qu'on appelait encore la drôle de guerre, nombreux sont les enfants qui sont inscrits dans les écoles Chalonnaises et notamment à l'école Vivant Denon, à l'époque c'était l'école du Centre, pour se réfugier loin des régions menacées par les Allemands. Ce sont grâce aux registres d'inscription que la trace des deux enfants Epsztein a été retrouvée.
À la fin de la guerre, le directeur de l'établissement notera d'ailleurs dans le registre n°2, à côté de leurs noms : «Israélites déportés par les Allemands et Vichy, ont subi le sort de leurs parents».
À partir du 12 mai 1940, les troupes allemandes envahissent la France.
Suite à la signature de l'armistice le 22 juin, une ligne de démarcation partage la France en deux zones*. Chalon-sur-Saône est sur cette ligne de démarcation. L'école du Centre est en zone d'occupation...
En 1942, Samuel Epsztein, père des enfants, est victime d'une première rafle dans le cadre de l'ordonnance de répression ordonnée par le Reich suite aux attentats des résistants**.
Samuel Epsztein figurait sur la liste des Juifs déclarés en sous-préfecture et sur la liste des membres supposés de l'ex-parti communiste. Il sera conduit à Compiègne et plus tard à Auschwitz...
En février 1944, à Chalon-sur-Saône, un bâtiment appartenant aux forces d'occupation est attaqué. En représailles, le 26 février 1944, les autorités allemandes et la police française organisent une grande rafle punitive. Les autorités se rendirent dans les familles juives qui s'étaient déclarées. C'est la police française qui est venue dans l'atelier de Samuel Epsztein pour emmener Suzanne Epsztein et ses trois enfants : Hubert, Ghislaine et Gérard.
Gérard fut déclaré malade et contagieux par le maire de Chalon d'alors, Georges Nouelle, (ce qui n'était pas vrai) et fût conduità l'hôpital. Ce qui le sauva d'une mort certaine. Il décèdera plusieurs années plus tard d'une noyade.
Suzanne, Hubert et Ghislaine arrivèrent au camp de Drancy le 7 mars 1944. Des recherches ont permis de déterminer que c'est à Auschwitz qu'ils sont morts le 12 mars de la même année.
Hubert n'avait que 9 ans, sa petite sœur n'en avait que 6...
Ce jeudi 10 mars à 14 heures 30, une cérémonie se déroulait dans le cadre de la perpétuation de la mémoire des enfants Hubert et Ghislaine Epsztein à l'école Vivant Denon, école qu'ils ont fréquenté 78 ans plus tôt.
La cérémonie était organisée en présence du sous-préfet de l'arrondissement de Chalon-sur-Saône, Olivier Tainturier, du maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, de la vice-présidente du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, Nathalie Leblanc, représentant Marie-Guite Dufay, présidente du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, de la vice-présidente du Conseil départemental, Amelle Deschamps, représentant André Accary, président du Conseil départemental de Saône-et-Loire, du conseiller communautaire, Pascal Boulling, représentant Sébastien Martin, le président du Grand Chalon, et du président de la communauté israélie de Chalon-sur-Saône, Serge Rosinoff.
Après l'accueil des autorités, le thème musical du film «La Liste de Schindler» (1993) de Steven Spielberg.
La directrice de l'école maternelle et le directeur de l'école élémentaire Vivant Denon ont pris la parole en commun avant que des élèves de CE2 et CE2/CM1 ont lu le poème de Primo Levi, «Si c'est un homme».
Ensuite, Charlotte Minier, élève de CM2 a joué «Une petite gavotte» de Rhené Baton au piano.
«Quand j'ai dit à mes petits-enfants que je devais assister à une cérémonie en mémoire de votre martyr chers Ghislaine et Hubert, ils m'ont demandé de leur indiquer le but et je me suis demandé en quels termes, en quels mots j'allais pouvoir leur expliquer l'inexplicable. Comment leur faire comprendre que la folie aveugle des Nazis ait pu s'en prendre à des enfanrs juifs. Alors surgit la seule question possible: pourquoi? question qui encore aujourd'hui reste sans réponse», dira Serge Rosinoff lors de sa prise de parole.
Celui qui est également le conseiller municipal chargé de mission Mémoire et monde patriotique, après avoir évoqué «l'horrible parcours de ces deux enfants innocents privés de leurs vies sans l'avoir même commencée», a conclu son discours par un vibrant message : «Pensez à eux, ne les oubliez jamais et agissez de façon à ce que cette horreur ne se reproduise jamais car la folie des hommes est capable, et nous le vivons aujourd'hui, d'engendrer les pires catastrophes».
Prenant à son tour la parole, le maire a tenu à rappeler aux enfants présents que le bien le plus précieux pour lequel il faille se battre est la liberté et que personne ne doit pouvoir leur imposer leur conduite.
Le sous-préfet est le dernier à prendre la parole avant les dépôts de fleurs par des enfants de l'école et des gerbes commémoratives des associations par les autorités.
Une minute de silence a été observée avant que ne retentisse l'hymne national et le salut aux portes-drapeaux et honneur aux autorités.
* D'autres parties du territoire national échappent à l'autorité gouvernementale puisque, dès 1940, l'Alsace-Moselle est annexée par le Reich tandis que les départements du Nord et du Pas-de-Calais sont rattachés au commandement militaire allemand de Bruxelles. Plusieurs zones frontalières dans le Sud-Est ont également été annexées par l'Italie qui occupera un pan entier de la zone libre de novembre 42 à septembre 43.
** Une infirmerie allemande installée au sein de l'école de Bourgogne et foyer des sous-officiers allemands installés dans le Grand Café, ont été la cible de grenades.
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati



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