Chalon /autour de Chalon
Ivre et un poil paranoïaque, il avait menacé d’un couteau une femme qui sortait d’un supermarché de Châtenoy le Royal avec ses enfants
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 17 Février 2025 à 19h07
.jpg)
« J’ai pas toujours été comme ça », dit l’homme au tribunal. Il n’a pas toujours été cet homme qui a ponctué sa journée du 25 juin dernier en ingurgitant litre de bière sur litre de bière, de supermarché en supermarché pour finir couteau en main et en garde à vue le soir.
Non, il n’a pas toujours été comme ça mais ce qu’il est devenu, peine, voire effraie. Ce fut le cas ce 25 juin. D’abord stationné sur le parking de Carrefour sud à Chalon, il ingurgite deux litres de bière puis il se déplace à Intermarché et y descend un litre, enfin il arrive sur le parking d’Aldi à Châtenoy le Royal, là aussi, un litre environ.
Résultat, en fin de journée, il a plus de 2 grammes d’alcool par litre de sang alors que depuis le matin il se trimballe avec « un couteau de boucher » (lame de 30 cm) sur lui. Et pourquoi ça ? « Par paranoïa. » Paranoïa au sens psychiatrique ? Psychique ? Ou fruit de la vie dans la rue (donc fondée sur des expériences violentes) ? Le prévenu ne vit pas dans la rue, il est locataire d’un logement mais, comme dit son avocat, « il déambule ».
Il déambule, et il picole toute la journée « parce que je m’emm***e ». Bon. Après près de 6 mois de vie passée sous contrôle judiciaire, l’homme, âgé de 51 ans, est enfin jugé, ce 17 février. On peut lire le récit de la dernière audience de renvoi ici : https://www.info-chalon.com/articles/2025/01/10/96398/tribunal-de-chalon-un-acces-de-violence-inexplique/.
« Je sais pas » est la meilleure réponse qu’il puisse donner
Le président lui demande ce qu’il dit des faits, avec un peu de recul. « J’ai des problèmes psychologiques, moi. » Et qu’est-ce qui fait qu’il ne va pas bien ? « Je sais pas. »
Au passage, « je sais pas » est la meilleure réponse qu’il puisse donner, la plus honnête : il ne suffit pas d’avoir eu une enfance dite difficile ou des parents maltraitants, ou des deuils, pour que ça vienne expliquer quoi que ce soit.
C’est devenu pourtant, au-delà d’une mode, une évidence : on cherche des causes et immanquablement on en trouve, et pourtant la plupart du temps on continue à tourner en rond dans ce dé à coudre, et ce, même si dans les meilleurs des cas, les efforts d’adaptation aux exigences de l’institution judiciaire (ou de l’école, ou de n’importe quelle institution) peuvent sembler porter des fruits, on n’en reste pas moins sur des efforts contraints (gros risque que ça ne tienne pas) et le contenu du dé à coudre est le même, quand son degré d’opacité n’a pas augmenté à cause de l’avalanche de discours ajoutés.
Voilà qui pourrait interroger mais les évidences et croyances contemporaines sont telles que ces questions ne peuvent se frayer un chemin.
Des réponses adaptées, au fond, à la demande sociale.
Dans ces conditions, les juges demandent aux prévenus pourquoi ils font n’importe quoi, et les prévenus, qui sont aussi les fils de leur temps et de la société, ne manquent pas de répondre : c’est parce que j’ai perdu mon travail, c’est parce que mon père est mort, c’est parce que ma femme m’a quitté, c’est parce que j’ai perdu un enfant. Que tout cela soit cause de souffrances, voire de la plus grande des douleurs, c’est certain, mais ça ne vient pas dire « pourquoi » : ces « parce que » n’ont pas grand sens, en réalité. Ce sont des réponses adaptées, au fond, à la demande sociale.
« C’est parce que j’avais bu »
Revenons à ce prévenu qui s’est présenté sobre et fait au mieux pour ne pas rater l’examen. Le président le sonde, parce que sortir un couteau en vociférant des trucs inintelligibles et aller en agiter la lame en direction du visage d’une femme (accompagnée de deux enfants dont le plus grand, âgé de 10 ans a forcément eu une peur pas possible), « c’est inquiétant ». Le prévenu lui sort la carte si souvent jouée au tribunal : « C’est parce que j’avais bu. »
L’alcool comme détonateur : « Y aurait-il en vous quelque chose d’explosif ? »
Le président ne tombe pas dans le panneau de la « cause alcool » et pour pousser le prévenu à réfléchir plus avant, lui présente une métaphore, peut-être de son cru : « Tout le monde ne réagit pas, n’agit pas, comme vous l’avez fait. Si vous permettez, je vous pose la question ainsi : si l’alcool est le détonateur, il n’est pas la dynamite. Y aurait-il en vous quelque chose d’explosif ? »
Le prévenu, qui n’est pas fou, répond : « Non, non, je ne vois pas. » Ben tiens, des fois qu’on irait l’enfermer s’il disait oui.
Pourtant le président travaille à cerner au mieux les mesures à mettre en place pour neutraliser les accès de violence (sanction et protection des autres) et permettre au prévenu de se (re)mettre en mouvement autrement, du moins essayer. Le prévenu le sait-il ? Non. Et puis le président a des assesseurs et puis il y a un procureur, aussi, autant ne pas se risquer, on ne sait jamais.
« Monsieur a pensé à cacher le couteau à l’intérieur d’un pneu »
La procureur, justement, trouve qu’il est « trop facile de dire qu’on ne se rappelle de rien alors que monsieur a pensé à cacher le couteau à l’intérieur d’un pneu - de la voiture la plus proche de lui -quand il a su qu’on avait appelé la police : il savait très bien ce qu’il avait fait. »
La magistrate a quelques mots pour les victimes, qui ont eu peur : par son geste et son attitude, l’homme a insécurisé l’espace public, en particulier pour un enfant. Ce n’est pas acceptable.
Ceci dit, le problème c’est qu’il est rétif aux accompagnements, aux suivis médicaux aussi, et quand il a bu, il s’énerve vite. La procureur tient compte de la gravité des faits, de la peur causée aux victimes et du casier judiciaire du prévenu (6 mentions) pour requérir une peine de 12 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire renforcé pendant 3 ans.
« Pas de propos délirants, ancrage dans la réalité »
L’expert psychiatre a écrit, concernant cet homme : « pas de propos délirants, ancrage dans la réalité », « dangerosité de nature criminologique et en raison de son addiction », « très difficilement curable et réadaptable ». Pourquoi ? Parce que selon la psychiatre, il a « un aménagement de personnalité anti-sociale ».
Le prévenu a eu son lot de violences, tant sexuelles que physiques, et s’est mis à boire dès son adolescence « pour fuir la réalité ». Si dynamite il y a, elle se trouve, peut-être en partie, dans les bouteilles de binouzes, du coup. Un si long alcoolisme fait de gros dégâts. Du reste l’homme qui n’a « pas toujours été comme ça » vit sous le régime de curatelle renforcée.
« Vous avez eu raison de lui faire confiance »
« Il n’a pas de téléphone portable » rappelle maître Marceau dans sa plaidoirie, pour dire à quel point ça complique la vie, aujourd’hui. Et puis vivre dans un monde rétréci, aux coordonnées ramenées à des parkings et de la bière, avec 110 euros par semaine versés en deux fois pour éviter qu’ils ne se diluent complètement dans l’alcool, ça ne permet plus de se rendre à Lyon-Vinatier pour y rencontrer un psychiatre, par ses propres moyens. Par chance le prévenu a une sœur qui garde sur lui un œil fraternel, elle l’a emmené.
Quant à « l’amnésie comme moyen de défense », « c’est une légende ». Avoir tout oublié dessert le prévenu, au contraire. « Quelqu’un a pu mal lui parler, c’est une hypothèse, mais on ne saura jamais. Il n’y a pas de blessés, vous avez eu des regrets à la barre, un contrôle judiciaire qui s’est plutôt bien passé. Vous avez eu raison de lui faire confiance. Je plaide pour un sursis probatoire renforcé. »
Sursis probatoire renforcé pendant 3 ans
Tout le monde est d’accord : le tribunal dit l’homme coupable de violence avec menace d’une arme et le condamne à la peine de 12 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire renforcé, pendant 3 ans, avec une obligation de soins en addictologie et en psychiatrie, ainsi que de payer le droit fixe de procédure de 127 euros. Interdiction de porter une arme pendant ces trois années.
Peine complémentaire : interdiction de détenir et porter une arme soumise à autorisation pendant 15 ans.
« J’ai pas toujours été comme ça » a-t-il eu besoin de dire.
FSA
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