Chalon sur Saône
Journée Internationale des Droits des Femmes / Portrait : Amandine Ligerot : « J'essaie d'être juste, forte, et d'agir avec prudence et bienveillance. »
Publié le 08 Mars 2025 à 10h01

Ayant grandi à Luzy, étudié au Lycée Hilaire de Chardonnet à Chalon-sur-Saône, puis le Droit à Paris, Amandine Ligerot, est aujourd’hui très investie dans la vie chalonnaise. Interview…
Amandine, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Je vous remercie d'avoir pensé à moi pour la rédaction de cet article. Entre nous, la franchise est mon point fort, plus que l'esprit de synthèse qui l'est un peu moins, aussi je vous remercie par avance pour votre écoute et mais aussi les lecteurices pour leur attention. Je souhaiterais que nos échanges soient retranscrits autant que possible en langage inclusif à l’écrit.
J'ai grandi dans un village de 2000 habitants nommé Luzy, dans le cadre verdoyant du parc Régional du Morvan. A l'âge de seize ans, j'ai intégré l'excellent cursus théâtre du lycée Hilaire de Chardonnet, pour lequel je conserve une tendresse particulière. Je ne garde que de très bons souvenirs de cette époque, où la vie scolaire était rythmée par des excursions à l'Espace des Arts, au Théâtre Piccolo, au Grain de Sel ou dans d'autres théâtres des environs. Je profite de cette interview pour saluer le travail incroyable que font les enseignantes et enseignants chaque jour auprès des enfants, et pour leur patience et leur dévouement. Grâce à l'une de ces enseignantes, j'ai pu partir lors de mon année de terminale, aux Philippines pendant trois semaines en tant que bénévole pour soutenir l'association caméléon. Cette association a été créée par une chalonnaise, Laurence Ligier, et aide les jeunes filles victimes d'abus à reconstruire leur vie. C'est peut-être à ce moment, que mon engagement auprès de la justice sociale a débuté, avant même d'en connaître la définition. Après avoir obtenu mon baccalauréat, je suis partie étudier les lettres modernes ainsi que le théâtre à la Sorbonne. Néanmoins, arrivée à Paris, il me semblait qu'il manquait quelque chose d'important (au-delà de la nature), un sens, en quelque sorte, à mes actions. Un ancien professeur de latin de mon collège de Luzy m'a alors demandé : "Ligerot, vous êtes brillante et vous aimez vous mettre en scène… pourquoi ne deviendriez-vous pas avocate ?". L'idée me paraissait saugrenue, mais sept ans plus tard, je ressortais de l'école de formation du Barreau de Paris avec mon diplôme d'avocate en poche. J'ai choisi de dédier la plus grande partie de mes études au droit du travail, une matière que j'ai pratiquée dans de très grands cabinets parisiens. J'y ai rencontré de grand.es intellectuel.les, mais aussi des hommes harceleurs, racistes, sexistes et violents ; je parle bien des avocat.s. J'ai de nombreux exemples, qui donneraient froid dans le dos à la plupart des gens qui pourraient idéaliser ce métier, notamment comment sont traitées les collaboratrices enceintes y compris ici, à Chalon-sur-Saône.
La justice est une chose fragile qui mérite d'être défendue, et les personnes qui pensent qu'il n'y a pas besoin de protéger nos droits se trompent. C'est un besoin urgent, la situation durant le covid nous l'a démontré.
Qu’est ce qui détermine le plus ce que vous êtes, votre action ?
J'essaie d'être juste, forte, et d'agir avec prudence et bienveillance. Je tente d'offrir une vie digne aux deux enfants dont je suis la mère, et que j'ai élevés seule, pendant plusieurs années. C'est mon action de mère aimante. J'essaie ensuite de protéger cette planète que je chérie, qui est si belle, et qui nous offre tout : c'est mon action de militante écologiste. Je combats enfin pour obtenir des institutions protectrices de nos droits sociaux (emploi, protection sociale et médicale, éducation, solidarité, égalité, etc.), au sein d'organisations et d'associations : c'est mon action de femme politique.
Vous êtes engagée dans la vie politique chalonnaise, à quel moment et pourquoi avez-vous ressenti le besoin de vous investir auprès d’un parti ?
Je me suis engagée dans la vie politique locale il y a cinq ans aux côtés de Mourad LAOUES qui est une belle personne, juste, et altruiste. Nous avons été élus juste derrière la liste de M. PLATRET dans le contexte électoral très particulier du Covid. Je siège depuis au conseil communautaire du Grand Chalon, et dans la minorité politique du conseil municipal de Chalon-sur-Saône aux côtés de Mourad Laoues et de Christophe Regard.
Je suis adhérente au parti politique écologiste et citoyen local : "Bien vivre à Chalon". Notre liste était composée de plusieurs sensibilités désireuses de protéger les droits sociaux et environnementaux. Il existe également un parti "Les Écologistes" (ex-EELV) à Chalon-sur-Saône, dont je ne suis pas membre, ainsi que des associations écologistes et humanitaires avec lesquels je discute depuis plusieurs années. Lorsque les chalonnai.s.es m'ont fait confiance en 2020 je n'étais pas encartée, tout comme une grande partie des membres de notre liste. Il y a avait (et il y a encore) dans la population une défiance vis-à -vis des partis classiques : conflits de clans, trafic d'influence, trahisons, mensonges électoralistes, etc. C'est même cette raison qui m'avait moi aussi conduite à œuvrer dans Bien Vivre à Chalon, un parti construit par ses habitantes et habitants. Les adhérent.es de cette association sont un refuge ou une ressource pour chacune et chacun d'entre nous.
Dans un monde où la préoccupation de la taille de son smartphone semble dépasser la question de savoir si chaque être humain mange et a droit au respect de sa dignité, ou si notre planète est à l'abri des conséquences du capitalisme, cette association d'âmes oeuvrant dans la recherche du bien commun, du respect du vivant, est une bouffée d'oxygène. Il existe des personnes qui portent l'espérance, et je suis ravie de travailler avec elles, je les en remercie chaque jour.
Pourquoi agir localement? L'environnement n'est pas assez pris en considération et apparaît comme secondaire voire risible par la majorité locale qui n’anticipe rien. Sauf en cas de sécheresse, de canicule, d'inondations, ou lorsqu'une voiture percute un cycliste... là, cela devient un problème de sécurité, et alors seulement la municipalité s’interroge, sans pour autant se remettre en question et revoir sa manière de penser. Je pense au contraire, que gouverner c'est prévoir, et que l'écologie plus tard, c'est l'écologie trop tard. Nous devons anticiper, prévoir, imaginer, et bâtir une ville en avance sur notre temps. Pas simplement un Chalon-sur-Saône plus joli, mais un Chalon dans lequel l'eau de sa rivière est pure, tout comme son oxygène, où les besoins alimentaires sont pris en considération, et où des emplois durables existent. Une ville dans laquelle la santé est prise à cœur, à titre curatif, mais aussi préventif. Une ville dans laquelle ses quartiers sont tous traités équitablement et non délaissés en fonction des intérêts électoraux des personnes qui sont au pouvoir.
Cela fait peut-être de grands mots me direz-vous? Après tout, ne serais-je pas utopiste?
L'utopie est un monde qui n'existe pas, ou ne peut pas exister, n'est-ce pas? Or rendre la paille en plastique obligatoire dans un monde où il existe déjà un sixième continent de déchets, comme l'impose Donald TRUMP, n'est pas utopique en 2025, c'est une réalité. Utiliser une paille en papier serait-il utopique dans ce cas ? Non, il est possible, comme dans notre pays, de ne pas utiliser d'accessoires d'alimentation en plastique, et cela se passe très bien. Ainsi, s'il est possible de polluer même de manière aberrante comme les Etats-Unis, il est aussi possible de ne pas polluer, en prenant les bonnes décisions. Il est donc possible de faire, facilement, le choix d'une vie plus équitable et juste.
Ne serait-ce pas le fait de nuire à notre chez nous qui devrait être considéré comme une abominable utopie du capitalisme? J'ai bien les pieds sur Terre, dans tous les sens du terme.
La musique a une place de choix dans votre vie, pourriez-vous nous en dire plus ?
Il y a beaucoup de musique dans mon histoire familiale : mon grand-père, ouvrier, était un trompettiste amateur passionné et mon père a été batteur professionnel. J'ai étudié la flûte traversière ainsi que le solfège de mes 6 à 16 ans. Puis, il y a quelques années, j'ai eu la chance et le bonheur d'être intégrée au Conservatoire à rayonnement régional du Grand Chalon (CRR), d'abord en cursus théâtre puis dans le département Musiques Actuelles et enfin Classique. J'ai obtenu mon certificat d'études musicales l'année dernière, après avoir présenté plusieurs compositions devant un jury à La Péniche. Ce fut un accomplissement personnel, et un instant de joies partagées avec mes camarades de classe et professeurs, mais aussi toutes les personnes qui y travaillent, que je salue, et remercie pour leurs contributions à ma formation musicale et à la qualité de ma vie étudiante.
J'ai depuis le mois de novembre, décidé de quitter la profession d'Avocate généraliste, pour enseigner, à temps partiel, la musique au collège Camille CHEVALIER. Je suis ainsi professeure de 9 classes de quatrièmes et de sixièmes. Je suis fière d'avoir pu valoriser mes études musicales au conservatoire, et d'en faire un métier. J'apprécie de travailler avec ces enfants, d'observer leur curiosité, de répondre lorsque je le peux, à leurs questions, de tenter de les aider à prendre confiance en leurs voix, en leurs oreilles, à apprendre à trouver les mots pour parler de ce qu'ils ressentent ou observent, en entendant, ou en faisant de la musique. C'est aussi un métier difficile, en raison du manque de moyen, et je soutiens ici une fois de plus les enseignant.e.s qui sont au quotidien avec nos enfants, et dont les conditions de travail ne cessent de se dégrader, du fait des choix politiques.
Je pratique également le DJing dans des salles de concerts ou des festivals dans la région. Aujourd'hui, la vie m'offre l'opportunité de faire un autre métier qui me plaît, je me sens très reconnaissante.
J'œuvre. J'essaie.
Le 8 mars, date de publication de cette interview, est la ‘Journée internationale des Droits des Femmes’, quel est votre avis sur cette célébration ?
Les Droits des Femmes sont notre préoccupation à toutes et tous. Assurer l'égalité femmes hommes permettrait de lutter efficacement contre le système de classes sociales. Une femme lettrée, éduquée, mettant de coté sa carrière pour éduquer les enfants d'un homme blanc, est un atout pour ce dernier qui bénéficie comme le disait Delphine SEYRIG d'une "femme de ménage gratuite". Il s'enrichit de ce travail gratuit, et ses enfants auront pu bénéficier du niveau d'éducation élevé de leur mère, devenant potentiellement de futurs dominants, alors que la mère n'aura peut-être jamais eu la carrière que ses études lui promettaient. Dans les ménages où un seul salaire pour vivre n'est pas suffisant, les femmes travaillent aussi, mais en étant moins rémunérées que les hommes et assurent encore gratuitement la grande majorité des tâches ménagères, s'occupent des enfants et des parents âgés.
Les femmes… c'est simplement la moitié de la population. Comment se fait-il que l'on doive se poser cette question de l'égalité encore à ce jour ?
L'égalité, la sortie de cette domination par le culte de la virilité et du dénigrement du féminin, est aussi l'affaire des hommes. Dans son livre "Mythe de la Virilité " Olivia Gazalé rappelle que l'éducation virile inventée par les romains (de manière synthétique), avait pour but d'endurcir les jeunes hommes, de les couper de leurs émotions, pour qu'ils soient disposés à tout moment à partir sur un champ de bataille, à donner et perdre son sang pour la patrie. Sachant cela, je demande à chaque homme lisant cette interview qui le souhaite, de se demander, si vous receviez un coup de téléphone vous informant de votre affectation obligatoire à vous battre sur le front russe, demain, quelle est la première chose que vous auriez envie de faire ? Chercher un moyen de trouver la paix, de fuir ? Ou sauter avec enthousiasme dans les bras décharnés de la guerre ?
Si vous avez opté pour la paix, alors vous avez opté comme celles qui se battent pour que leurs fils aient un autre choix que cette virilité morbide qui nous coûte à tous et à toutes (voire également le coût du virilisme par Lucile Peytavin). Féministes, tant qu'il le faudra, comme le dit si bien le slogan.
Je serai très active lors de cette journée du 8 mars consacrée à la défense des droits des femmes. Depuis plusieurs mois, Bien Vivre à Chalon, Les Ecologistes, Chalon l’insoumise, Le PCF, et Le PS, ainsi que des associations, des syndicats, de citoyennes et citoyens travaillent côte à côte pour proposer une alternative de gauche écologiste aux chalonnais.es, au sein du Nouveau Front Populaire du Chalonnais. A ce titre nous avons décidé de nous mobiliser activement pour soutenir les associations œuvrant au quotidien pour les droits des femmes, mais aussi pour les libertés sexuelles et contraceptives.
Une conférence de presse aura lieu dans l'après-midi, rue d'Autun, puis une marche, avec Batucada, des chants, et un concert dans ce lieu culturel connu bien au-delà des frontières de Chalon qu'est la Méandre.
J'invite chaque personne à rejoindre cet événement engagé et fédérateur et vous remercie pour la qualité de nos échanges.
SBR - Photo transmise par Amandine Ligerot pour publication. Crédit photo : Pierre Acobas



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