Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - De la prison ferme, 6 ans après les faits « « Je ne l’ai pas mis à l’amende gratuitement »

TRIBUNAL DE CHALON -  De la prison ferme, 6 ans après les faits « « Je ne l’ai pas mis à l’amende gratuitement »

« C’est pas vrai monsieur, c’est pas moi. On s’est battus. C’est tout. » L’homme qui parle doit répondre de violences telles qu’elles ont causé quelques blessures et une ITT supérieure à 8 jours à un homme enfermé dans la même cellule que lui à Fleury-Merogis.

 Les faits datent de 2019… Comment juger des faits anciens ? Chaque juge a sa façon de voir les choses, visiblement. Il est souvent de bonne justice d’estimer que quand trop de temps s’est écoulé, on ne peut plus juger et sanctionner de la même façon. L’avocat en défense le plaidera, mais ça ne s’est pas passé comme ça, ce lundi 24 mars à l’audience correctionnelle à juge unique.

C’est que le prévenu est incarcéré. Il vit dans le Jura, aujourd’hui, mais ça fait 27 mois qu’il est domicilié au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand.  Sa situation personnelle, comme on dit, est ramenée à une situation pénale et ça doit peser dans la balance.  

Le 25 novembre 2019, dans une cellule à Fleury-Mérogis, « en fait on s’est pris la tête, on s’est battus en cellule, c’est tout, voilà. » Le président oppose au catégorique une dent cassée, une tête couverte de traces de coups et une marque de strangulation. Il montre des photos au prévenu pour fixer ce qu’on lui reproche. Alors, il reconnaît ?

Sanctions immédiates à l’époque

« Oui mais c’était une bagarre entre nous. Lui il se fait passer pour une victime mais on est en prison et il s’y passe tout et n’importe quoi. Mais je fais pas mon bolo. C’est des faits si vieux. On m’a dit ce matin ‘vous êtes extrait’, j’étais choqué. »
A l’époque, il a été immédiatement sanctionné, maître Ronfard le plaidera : 21 jours de quartier disciplinaire (et le retrait des crédits de réduction de peine qui va avec). 
Le prévenu se le rappelle bien. « Vous avez bonne mémoire » ironise légèrement le président. « La misère en prison, je peux pas l’oublier. J’ai perdu mes parents, j’ai même pas eu de permission pour sortir, je peux pas oublier, moi. »

Quel âge a-t-il ? « J’ai 32 ans. Ça fait 27 mois que je tourne en prison, j’en ai marre. »
A son casier, 17 condamnations. Des vols, port d’arme, refus d’obtempérer, outrage, etc.  Il est libérable mi-juin 2026, ne peut pas travailler en prison, dit-il, « à cause de ce jugement, ils me bloquent en attendant ».

Le président observe : « Vous n’avez aucune empathie pour monsieur x, victime dans ce dossier. »
Le prévenu cette fois-ci répond : « Je ne l’ai pas mis à l’amende gratuitement. Je m’étais levé pour aller à l’école, il m’a parlé, il racontait n’importe quoi, il m’a menacé et c’est parti. »

A coups de casserole

Le rapport dit que le codétenu a été d’abord violemment frappé avec une casserole, alors qu’il était couché, et son cou porte, on l’a vu, la marque d’une tentative d’étranglement. 
Le procureur relève ce « niveau de violence », se réfère aux photos et au certificat médical, et des « messages où monsieur s’enorgueillit des violences ». Le prévenu offre un sourire mordant en secouant la tête de gauche à droite. Le procureur requiert une peine de 6 mois de prison.

« Il a été entendu trois ans après les faits ! plaide maître Ronfard. Ce n’est pas une légitime défense mais 6 mois ferme sur un dossier ancien de 6 années ? Il ne sait quasi plus de quoi on parle et il a déjà été sanctionné, en plus. Le condamner dans de telles proportions 6 ans après les faits, ce n’est pas apprécier sa situation actuelle, et il n’a pas le profil de quelqu’un de violent. »

Le tribunal dit le prévenu coupable, le condamne à la peine de 6 mois de prison, d’interdiction de porter une arme pendant 5 ans, idem pour la privation du droit d’éligibilité.

FSA